Les Autochtones ont un jour férié au Canada, le début de la reconnaissance des discriminations dont ils sont toujours victimes

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Premier 30 septembre férié au Canada. Désormais baptisée, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, elle commémore une page très douloureuse dans l'histoire du Canada : le traitement subi par les Autochtones.

Article rédigé par
Marie-Pierre Vérot - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Le juge en chef de la Cour suprême Richard Wagner passe devant des chaussures laissées sur la colline du Parlement, à la veille de la première Journée nationale de vérité et de réconciliation, mercredi 29 septembre 2021 à Ottawa au Canada.  (ADRIAN WYLD / MAXPPP)

Le 30 septembre est un nouveau jour férié national au Canada. Le Parlement en avait décidé aindi en juin dernier. Le silence se lève peu à peu sur les atrocités, les discriminations à grande échelle dont ont été victimes les Premières Nations, les Inuits, les Métis. Une politique d'assimilation forcée et brutale qui a entraîné la mort de plusieurs milliers d'enfants. La découverte de plus d'un millier de tombes anonymes depuis mai dernier sur les sites d'anciens pensionnats catholiques pour autochtones a contraint la société canadienne à examiner ce terrible passé. 

Entre la fin du XIXe siècle et 1996, plus de 150 000 enfants ont été arrachés à leurs familles et placés dans ces pensionnats pour Autochtones. Plus de 4 000 y ont trouvé la mort. La terreur, les discriminations, les punitions, les privations, les abus sexuels, l'effacement des langues, des cultures, des mémoires autochtones : un passé tabou dans la société canadienne mais aussi au sein de ces familles.

Une blessure cachée

Interdit de pleurer, interdit de dire. Beaucoup n'ont jamais révélé à leurs parents ni à leurs enfants ce qu'ils y ont subi. Certains commencent à peine à dévoiler à leurs proches l'étendue du traumatisme. Ce passé, les Canadiens le découvrent aussi parfois avec effroi.

Mais cette violence "historique" reste, selon les associations, très présente tant perdurent les discriminations, le racisme. C'est pourquoi cette journée, même si certaines provinces dont Québec ont décidé de ne pas l'inscrire comme jour férié, est un moment de réflexion pour que ces tragédies ne se répètent pas. Un travail d'éducation doit être entrepris. Un travail de réparation aussi.

Profond remord des évêques

Les évêques catholiques ont dit leur "profond remord", présenté leurs "excuses sans équivoque" aux peuples autochtones et l'Église va verser 30 millions de dollars. Un geste annoncé en début de semaine. Il s'agit de soutenir des programmes de réconciliation. Le pape recevra aussi une délégation des peuples autochtones le 21 décembre prochain. 

Le chemin vers la réconciliation portée par cette journée du 30 septembre n'est pourtant qu'à son début. Les atteintes aux droits des peuples autochtones ont en effet pris plusieurs visages. Cette assimilation forcée en est un. Mais il existe aussi les dizaines de milliers d'enfants des Premières Nations retirés à leurs familles et placés dans le système de protection de l'enfance après 2006. En 2019, le tribunal des droits de la personne avait ordonné à Ottawa de payer 40 000 dollars canadiens, environ 30 000 euros, à chaque enfant concerné. Cela représente potentiellement plusieurs milliards de dollars.

Le gouvernement de Justin Trudeau avait bataillé en justice, demandé l'annulation de cette condamnation. Il a finalement été débouté par la Cour Fédérale le 29 septembre, à la veille de cette première journée de réconciliation et vérité. Une bataille judiciaire entamée il y a 14 ans pour dénoncer les conséquences du manque de fonds alloués aux centres de soins dans les réserves. Au grand soulagement des représentants des Premières Nations qui n'ont jamais compris ce qu'ils qualifient d'acharnement judiciaire de Justin Trudeau contre leurs enfants.

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