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Le président iranien en Irak, un symbole fort face aux sanctions américaines

L’Irak accueille pour trois jours son voisin, le président iranien Hassan Rohani. C’est un symbole fort dans toute la région.  

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Le président iranien Hassan Rohani se rend en Irak lundi 11 mars pour un déplacement officiel de trois jours. 
Le président iranien Hassan Rohani se rend en Irak lundi 11 mars pour un déplacement officiel de trois jours.  (ATTA KENARE / AFP)

On pourrait se dire, dans ce "Moyen Orient compliqué", deux voisins qui se rendent visite, c’est banal. L’Irak en reconstruction et ses 40 millions d’habitants, l’Iran sous embargo américain et ses 80 millions d’habitants. Sauf que ces deux pays-là se sont livrés une guerre féroce dans les années 80, pendant 8 ans. Elle a fait près d’un million de morts, civils ou militaires. Que le président iranien Hassan Rohani soit arrivé lundi 11 mars à Bagdad pour un déplacement officiel de trois jours, c’est donc tout sauf anecdotique. C’est la première visite de cette importance depuis six ans.

Le business avant tout

Il s’agit d’abord de faire du business. De nombreux hommes d’affaires font partie de la délégation de Rohani. L’Iran veut devenir le premier partenaire commercial de l’Irak d’ici deux ans et devancer la Turquie. Les échanges entre les deux pays s’élèvent aujourd’hui à 12 milliards de dollars, l’objectif est de les porter à 20 milliards. De multiples secteurs sont concernés : l’énergie évidemment avec le pétrole et le gaz, mais aussi l’électroménager, l’agriculture, l’automobile, la santé. Les deux pays ambitionnent également de créer des cités industrielles partagées sur leur frontière commune, longue de 1500 kms.  

Le contournement des sanctions américaines

Là où ça se complique, c'est pour rendre compatible ces accords avec les sanctions américaines sur l’Iran. L’Irak fait de la corde raide sur le sujet. Dans la région, soit vous êtes du côté iranien, soit vous êtes du côté américain. Et l’Irak essaie d’être des deux côtés à la fois. Il s’agit donc de ménager le grand parrain américain. Mais en même temps, Bagdad a besoin de Téhéran pour se reconstruire après ces longues années de guerre, guerre civile, puis guerre contre le groupe Etat Islamique. L’idée, pour éviter les sanctions américaines, c’est que ces échanges économiques s’opèrent par des tiers, par exemple via l’Europe. Pour l’instant, l’Irak a réussi à obtenir une exemption américaine sur le régime de sanctions contre l’Iran, mais cette exemption est temporaire, elle s’achèvera dans 10 jours. Bagdad doit donc trouver des solutions rapidement.  

L'alliance chiite contre l'Arabie Saoudite

Et pour Téhéran, c’est tout bénéfice. Tout bénéfice économiquement si ces accords sont signés et aussi tout bénéficie politiquement : Hassan Rohani est reçu en grande pompe par tous les dirigeants irakiens. Le contraste est flagrant avec la visite éclair de Donald Trump en décembre dernier, où s’il était contenté de se rendre sur une base américaine. Et puis Rohani va également, au cours de ces trois jours, rencontrer la grande figure religieuse irakienne, l’ayatollah Sistani. C’est un événement : Sistani accorde très peu d’entretiens aux dirigeants étrangers. Le but, c’est sans doute de renforcer les liens entre chiites, puisque les deux pays sont à majorité chiite et de faire front commun face au grand rival régional sunnite, l’Arabie Saoudite. En résumé : Téhéran ne se laisse pas démonter par les sanctions américains et  cherche à se réaffirmer comme un grand leader régional.  

Le président iranien Hassan Rohani se rend en Irak lundi 11 mars pour un déplacement officiel de trois jours. 
Le président iranien Hassan Rohani se rend en Irak lundi 11 mars pour un déplacement officiel de trois jours.  (ATTA KENARE / AFP)