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Le Portugal s'apprête à légaliser l'euthanasie

Si le Parlement portugais dépénalise l'euthanasie, ce sera une première dans un pays du sud de l'Europe, où le poids de l'Église catholique est encore fort.

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Des manifestants contre la dépénalisation de l\'euthanasie, devant le Parlement portugais, à Lisbonne, le 20 février 2020.
Des manifestants contre la dépénalisation de l'euthanasie, devant le Parlement portugais, à Lisbonne, le 20 février 2020. (PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP)

Au Portugal, la probabilité est effectivement très forte de voir l’euthanasie dépénalisée. Les débats ont débuté au Parlement portugais jeudi 20 février. En fait, cinq projets ou propositions de loi sur le sujet, présentés par différents groupes parlementaires, sont soumis à l’examen des députés. Dans tous les cas, il s'agit d'autoriser la mort médicalement assistée, l'accompagnement de fin de vie et la sédation. Il y aura donc cinq votes et ensuite probablement un seul texte final sera présenté.

Il y a deux ans, le Parlement portugais avait rejeté l'euthanasie à une très courte majorité. Mais cette fois, la probabilité d'un feu vert est forte. Parce que le Premier ministre socialiste Antonio Costa, conforté par les élections d'octobre dernier, est favorable à l'euthanasie et le chef de l'opposition de droite, Rui Rio, l'est également. Précisons que le texte final devrait comporter l’option de l’objection de conscience pour les médecins qui refuseraient de pratiquer la sédation.

Une forte opposition de l'Église catholique

Mais le sujet suscite tout même beaucoup de débat au Portugal. Ce vote fait la une de la presse portugaise ce 20 février. Les opposants sont nombreux, avec en tête de liste l'Église catholique, dont le poids est considérable : 90% des 10 millions de Portugais se disent catholiques. Dans le nord du pays en particulier, les habitants sont très pratiquants. L'Église catholique s'est d'ailleurs associée aux représentants de la plupart des autres religions (juifs, musulmans, bouddhistes, orthodoxes, etc.) pour un communiqué commun, qui dénonce "une démission collective".

L'Église a appelé à manifester devant le Parlement pendant l'examen des différents textes. Elle a reçu le soutien d'une partie des députés de droite et aussi du Conseil national d'éthique. L'Église mise d’abord sur le fait que le président de la République, le conservateur Rebelo de Sousa, mette son veto à la loi. Mais ce sera uniquement un gain de temps. Car dans ce cas, il y aura une deuxième lecture et le Parlement aura le dernier mot. La hiérarchie catholique en appelle donc aussi à un référendum. Selon un sondage, les deux tiers des Portugais seraient d'ailleurs favorables à la tenue d’une consultation populaire. Dont le résultat s’annonce incertain.

Un débat en cours également en Italie et en Espagne

En cas d'adoption de la loi, le Portugal ne serait que le 4e pays en Europe à légaliser l’euthanasie et surtout ce serait le premier pays du Sud, puisque l'euthanasie n'est autorisée pour l’instant que dans les trois pays du Benelux : les Pays-Bas depuis 2001, la Belgique depuis 2002 et le Luxembourg depuis 2009. Autant de pays où le poids de l'Église, et en particulier de l'Église catholique, est nettement plus faible.

Cela dit, le Portugal n'est pas le seul pays d'Europe du Sud, donc à forte tradition catholique, où les choses bougent. En Italie, le Conseil de l'ordre des médecins vient, il y a quelques jours, de supprimer les sanctions disciplinaires contre les praticiens qui "aident à mourir". En Espagne, la semaine dernière, la Chambre des députés a donné son feu vert à l'examen d'un projet de loi sur l'euthanasie, lors de la session parlementaire en cours.

Des manifestants contre la dépénalisation de l\'euthanasie, devant le Parlement portugais, à Lisbonne, le 20 février 2020.
Des manifestants contre la dépénalisation de l'euthanasie, devant le Parlement portugais, à Lisbonne, le 20 février 2020. (PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP)