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Le Burkina Faso s'enfonce dans le chaos terroriste

L’épidémie le ferait presque oublier : les islamistes poursuivent leurs ravages dans plusieurs pays, en particulier ces dernières 48 heures dans ce pays d'Afrique de l’Ouest.  

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Des habitants quittent la petite ville de Barsalogho, au nord du Burkina Faso, le 27 janvier 2020.
Des habitants quittent la petite ville de Barsalogho, au nord du Burkina Faso, le 27 janvier 2020. (OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)

Dans cette partie du monde, la terreur est précédée par un bruit : celui des motos. Parce que les islamistes du groupe Etat islamique et du Groupe de soutien à l’islam et aux Musulmans (un avatar d’Al-Qaïda), circulent à moto. C’est comme ça qu’ils ont débarqué samedi 30 mai dans le village de Kompienbiga au sud-est du pays, près du Bénin. Ils ont fait irruption dans un marché au bétail et ils ont tiré dans la foule, en particulier sur les personnes qui cherchaient à s’enfuir. Les bilans varient : entre 25 et 37 morts. Quelques heures plus tôt, deux autres attaques s’étaient produites cette fois dans le nord du pays, près de la frontière avec le Mali : 15 morts à Loroum, 10 morts à Barsalogho.

Dans les deux cas, des convois (de marchandises ou d’aide humanitaire) ont été attaqués. La situation ne cesse de se dégrader dans ce pays très pauvre de 19 millions d’habitants, grand comme la moitié de la France, enclavé entre Mali, Niger, Côte d’Ivoire et Bénin. Le nombre de victimes depuis un an est évalué à un millier de morts environ. Et plus de 800 000 personnes ont été contraintes de fuir leur habitation.    

Plus de 50 morts en deux jours

Le conflit prospère sur les rivalités ethniques, en "profitant" en particulier de la situation des Peuls : ce sont des éleveurs, souvent en conflit larvé avec les agriculteurs, qui appartiennent surtout à l’ethnie Mossi. Et les Peuls sont généralement les laissés-pour-compte de l’Etat central : pas d’infrastructures, pas de services publics. Résultat : les groupes jihadistes instrumentalisent cette rivalité pour recruter dans les populations peules. Et de l’autre côté, les armées régulières, renforcées par des miliciens, se livrent régulièrement à des exactions contre les Peuls.

Le 11 mai dernier, par exemple, 12 suspects peuls arrêtés par l’armée ont tous été retrouvés morts dans leur cellule. Aucune autopsie n’a été effectuée, mais cela ressemble fort à une exécution sommaire. L’ONG Human Rights Watch a demandé l’ouverture d’une enquête. Mais en attendant, tout cela nourrit évidemment les rancœurs et les règlements de comptes. C’est un cercle vicieux. Les tensions ethniques sont devenues le carburant principal des groupes terroristes dans la région.  

Le drapeau noir islamiste à la place d'un Etat central absent

L’épidémie de coronavirus n’arrange rien même si elle est, officiellement, à peu près maîtrisée : 847 personnes contaminées, 53 morts. Mais les mesures de confinement ont encore réduit la présence de l’Etat et des forces armées. Les islamistes, qui se déplacent rapidement avec leurs motos et sont donc insaisissables, en ont profité pour prendre le contrôle de certaines localités, dans le nord et l’est du pays. Des localités où flotte désormais le drapeau noir des islamistes et où la charia est imposée. Tout cela rappelle ce qui a pu se passer ces dernières années en Irak et en Syrie, même si le contexte social et ethnique est différent. De semaine en semaine, le Burkina Faso est donc en train de s’enfoncer dans le chaos. Et on voit mal comment les élections générales prévues à l’automne prochain pourraient se dérouler.    

Des habitants quittent la petite ville de Barsalogho, au nord du Burkina Faso, le 27 janvier 2020.
Des habitants quittent la petite ville de Barsalogho, au nord du Burkina Faso, le 27 janvier 2020. (OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)