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Le Bangladesh supprime le mot "vierge" des certificats de mariage

C'est une décision de justice importante pour les droits des femmes dans ce petit pays très peuplé d'Asie du Sud-Est.  

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Une jeune Bandaglaise en tenue traditionnelle de mariage (7 décembre 2002).
Une jeune Bandaglaise en tenue traditionnelle de mariage (7 décembre 2002). (JEWEL SAMAD / AFP)

Le mot "kumari" va donc disparaître des certificats de mariage. "Kumari", ça veut dire "vierge". Et c’était jusqu’à présent l’une des trois cases du formulaire que devait cocher systématiquement une future mariée avant toute union. Les deux autres possibilités c’était : "divorcée" ou "veuve". Désormais, le mot "kumari" s'efface au profit de "Obibahita" qui veut simplement dire "non mariée, célibataire".

Les hommes désormais soumis aux mêmes obligations

C'est une décision de la Cour Suprême du Bangladesh. Les juges ajoutent que les hommes devront désormais remplir eux aussi un formulaire avant le mariage, en cochant également l’une des trois cases : "célibataire, divorcé ou veuf". Jusqu’à présent, ils en étaient dispensés. Ils pouvaient donc se marier plusieurs fois. C’est une révolution sociale dans ce pays de 170 millions d’habitants, le 8ème au monde par la population. Et c’est aussi un revers pour les radicaux islamistes qui ne cessent de progresser dans ce pays à 90% musulman.  

De nombreux mariages forcés dès l'âge de 15 ans

C’est l’aboutissement d’un long combat mais il y a encore beaucoup à faire !  Ce qualificatif "vierge" existait dans les certificats de mariage depuis près de 60 ans. Et il a fallu cinq ans de bataille judiciaire pour obtenir cette décision. La justice a donc donné raison aux plaignants. Ils soulignaient que cette mention de la virginité constitue une atteinte humiliante à la vie privée. A l’arrière-plan se joue un combat plus important encore : celui des mariages forcés de jeunes adolescentes mineures. Au Bangladesh, 22% des femmes sont mariées à l’âge de 15 ans ! Et dans la province de Rangpur, au Nord du pays, 15 ans, c’est même l’âge moyen pour le mariage. C’est l’un des quatre pays les pires au monde pour les unions forcées.  

Officiellement, la loi, depuis deux ans, limite les autorisations de mariage de mineures, mais en fait, les dérogations sont multiples. Il suffit d’invoquer une "question d’honneur". Par exemple si l’adolescente est enceinte, quand bien même elle aurait été violée. Le paradoxe, c’est que le Bangladesh est dirigé depuis longtemps par des femmes, comme l’actuelle Première ministre Khaleda Zia. Et le pays s’est fixé pour objectif d’éradiquer totalement le mariage des mineures d’ici 10 ans. Mais les mentalités, au sein de la société, évoluent très lentement, en particulier dans les campagnes. 

Les juges plus progressistes que les politiques

Et dans cette partie du monde, le Bangladesh n’est pas le seul pays où les droits des femmes sont en train d’évoluer. L’autre exemple, c’est évidemment le grand voisin : l’Inde. L’an dernier, là aussi, plusieurs décisions de justice ont amélioré les droits des femmes. Là encore en opposition aux radicaux religieux (au Bangladesh, ce sont les Musulmans, en Inde, ce sont les Hindouistes). La Cour suprême indienne a autorisé les femmes à accéder à des temples réservés aux hommes et surtout elle a dépénalisé l’adultère, pour lequel les femmes pouvaient être poursuivies. Dans ces deux pays, ce sont donc bien les juges, plus que les politiques, qui ont le courage de combattre les discriminations.  

Une jeune Bandaglaise en tenue traditionnelle de mariage (7 décembre 2002).
Une jeune Bandaglaise en tenue traditionnelle de mariage (7 décembre 2002). (JEWEL SAMAD / AFP)