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La Cour suprême indienne révolutionne les droits des femmes

En l'espace de 48 heures, la plus haute instance judiciaire de l'Inde vient d'accroître considérablement les droits des 600 millions de femmes indiennes.C'est une petite révolution dans ce pays aux fortes traditions conservatrices.

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La Cour suprême de l\'Inde, à New Delhi, le 27 septembre 2018.
La Cour suprême de l'Inde, à New Delhi, le 27 septembre 2018. (MONEY SHARMA / AFP)

Beaucoup de monde a le nez collé sur ce qui se passe vendredi 28 septembre à la Cour suprême américaine. Mais ce que vient de faire cette semaine la Cour suprême indienne va avoir plus de conséquences pour beaucoup plus de gens, en particulier pour les 600 millions de femmes que compte l’Inde. 

La dernière décision date de vendredi matin. Elle compte 411 pages : elle porte sur l’accès à l’un des plus grands temples du pays, le temple d’Ayyapa, dans la montagne du Kerala, au sud de l’Inde. Jusqu’à présent, toutes les femmes âgées entre 10 et 50 ans avaient interdiction d’y pénétrer : elles étaient considérées comme impures, car susceptibles d’avoir leurs règles.  

Tout cela est fini. À une large majorité, 4 voix sur 5, les juges de la Cour suprême ont tranché. Ils estiment que "la dévotion ne peut pas être soumise aux stéréotypes du genre et que les superstitions n’ont rien à voir avec la religion". Ce combat durait depuis près de 30 ans. Et vu le poids de la religion en Inde, la décision de vendredi a une forte portée symbolique.  

L'adultère est dépénalisé

Et ce n’est pas le seul combat remporté cette semaine par les femmes indiennes. Jeudi, la même Cour suprême a mis fin à la pénalisation de l’adultère en Inde. Le plus choquant dans cette loi qui datait de l’époque coloniale, c’était que seuls les hommes pouvaient porter plainte pour adultère. Pas les femmes.  

Décision de la Cour, à l’unanimité : "C’est une discrimination qui présume de façon erronée que les femmes sont la propriété des hommes". Là aussi, c’est donc terminé. L’adultère reste un motif de poursuite au civil, et une raison valable de divorce. Mais ce n’est plus un crime, et les femmes peuvent également engager des poursuites.  

Il y a trois semaines, la Cour suprême, toujours elle, avait déjà dépénalisé l’homosexualité. Autant de décisions progressistes qui semblent liées en particulier à un homme, un des cinq juges. Son nom figure sur la première page de la décision de vendredi : Dipak Misra. Il prend sa retraite mardi prochain, le 2 octobre. Et il a décidé de partir sur un bouquet final de décisions spectaculaires.  

L'Inde reste très inégalitaire

Cela dit, il reste beaucoup à faire pour les droits des femmes en Inde : c’est l’un des pays les plus inégalitaires au monde. Infanticides de fillettes, mariages forcés avant la majorité, viols très nombreux (40 000 par an officiellement, en réalité beaucoup plus), contrainte sociale de la dot pour la mariée, gros écarts salariaux, etc. C’est d’autant plus paradoxal que cette inégalité n’a pas toujours existé dans l’histoire de l’Inde. Aujourd’hui, le parti au pouvoir, celui des nationalistes hindous, est particulièrement conservateur. Par exemple, il s’était prononcé pour le maintien de la vieille loi sur l’adultère. En Inde, le pouvoir judiciaire est donc aujourd’hui beaucoup plus progressiste que le pouvoir politique. 

La Cour suprême de l\'Inde, à New Delhi, le 27 septembre 2018.
La Cour suprême de l'Inde, à New Delhi, le 27 septembre 2018. (MONEY SHARMA / AFP)