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L'île grecque de Lesbos en état d'urgence face à l'afflux de migrants

La situation se dégrade de jour en jour dans cette île toute proche des côtes turques : les réfugiés sont de plus en plus nombreux à arriver.

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Des migrants attendent lors d\'un transfert, sur l\'île de Lesbos, le 2 octobre 2019.
Des migrants attendent lors d'un transfert, sur l'île de Lesbos, le 2 octobre 2019. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Lesbos, c’est à l’extrême est des îles grecques, à moins de 20 kilomètres des côtes de la Turquie. En ce moment, il y débarque 250 migrants par jour, 10 de plus à chaque heure qui passe, 5 000 le mois dernier. Autant dire que ce territoire de 90 000 habitants, de la taille d’un petit département français, ne sait pas comment faire face. Le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU parle "d’état d’urgence".

La situation s’était calmée depuis deux ans, mais elle se dégrade à nouveau depuis quelques semaines. Les flux de migrants, depuis le début de l’été, sont cinq fois supérieurs à ceux de l’an dernier à la même période de l’année. Cela vaut pour l’île de Lesbos et aussi pour les quatre autres îles grecques voisines : Kos, Samos, Chios et Leros. 10 000 réfugiés au total le mois dernier. Du coup, les camps d’accueil sont débordés : près de 30 000 migrants pour seulement 6 000 places.

Cinq fois plus de migrants que de places

Par voie de conséquence, cela veut dire des conditions insalubres, en particulier dans le camp de Moria, à Lesbos. Il est surpeuplé : 13 000 personnes pour 3 000 places. Les deux tiers de ces réfugiés sont des femmes et des enfants. Et contrairement aux idées reçues, ces migrants ne viennent plus tellement de Syrie : ils viennent très majoritairement d’Afghanistan et aussi du Pakistan.

À Lesbos, les ONG ne savent plus où donner de la tête. Les baraquements débordent, l’accès aux toilettes peut prendre des heures. Tout comme l’accès à la distribution de pain. Du coup, certains vivent dans des cartons : fin septembre, un enfant afghan, qui vivait dans un carton sur le bord d’une route, a été tué par un camion.

Il y a aussi évidemment beaucoup de tension, des rixes. Dimanche 29 septembre, un incendie, probablement d’origine meurtrière, a détruit plusieurs conteneurs transformés en habitations de fortune. Cela a déclenché des affrontements entre migrants, puis des affrontements avec la police grecque qui est intervenue avec force gaz lacrymogène. Bilan : un mort et 17 blessés.

La Turquie menace d'ouvrir ses frontières

Cela crée aussi une nouvelle crispation diplomatique entre la Grèce et la Turquie : Athènes annonce son intention d’évacuer certains de ces migrants vers le continent grec, mais aussi d’en renvoyer 10 000 vers la Turquie. Sauf que la Turquie ne l’entend pas de cette oreille : elle accueille déjà quatre millions de réfugiés et menace de ne plus les retenir et de les laisser partir vers l’Europe. Il y a trois ans, rappelons-le, l’Union Européenne a passé un accord avec la Turquie : six milliards d’aide et en échange la Turquie garde les réfugiés sur son sol, en particulier les Syriens.

Soit dit en passant, ce dispositif porte un nom surprenant, Frit, c’est le sigle en anglais, l’acronyme de "Facility for Refugees in Turkey". Aujourd’hui, le gouvernement turc demande une rallonge, plus d’argent. Cette hypothèse sera examinée par le Conseil européen mi-octobre. Face à la dégradation de la situation à Lesbos et dans les îles grecques, l’Europe va sans doute devoir sortir à nouveau le carnet de chèques.

Des migrants attendent lors d\'un transfert, sur l\'île de Lesbos, le 2 octobre 2019.
Des migrants attendent lors d'un transfert, sur l'île de Lesbos, le 2 octobre 2019. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)