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L'Equateur s'enfonce dans la crise politique et sociale

En Amérique du Sud, ce petit pays situé entre le Pérou et la Colombie est paralysé par un conflit majeur et une grève générale. Le gouvernement semble aux abois.

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Des manifestants à Quito en Equateur, le 8 octobre. 
Des manifestants à Quito en Equateur, le 8 octobre.  (MARTIN BERNETTI / AFP)

Le gouvernement a pris la poudre d’escampette. Il a fui la capitale, Quito, dans les montagnes, pour se réfugier à Guayaquil, la deuxième ville du pays, sur la côte pacifique. Ce n’est tout de même pas banal. Dans ce pays de 17 millions d’habitants, grand comme la moitié de la France, le pouvoir du président Moreno craint tout simplement d’être renversé par la rue. Le conflit a commencé le 3 octobre et il ne cesse de prendre de l’ampleur, avec une violence croissante.

Les affrontements entre policiers et manifestants se sont multipliés : on compte déjà un mort, près de 100 blessés et 500 arrestations. Dans la capitale Quito, le palais présidentiel est gardé par des blindés. Le couvre-feu a été imposé. L’état d’urgence a été décrété dans tout le pays. Et la production de pétrole, principale ressource de l’Equateur, est en train de chuter : moins 12 % en quelques jours. Ce mercredi, c’est grève générale : toutes les écoles sont fermées et tous les principaux axes routiers sont bloqués par des barrages ou des barricades.  

Le prix de l'essence a doublé

C'est l’annonce d’un doublement du prix de l’essence qui a mis le feu aux poudres. L'objectif c'est de renflouer les caisses du pays, en contrepartie d’un plan d’aide du Fonds monétaire international, le FMI. Imaginez la facture de votre plein d’essence qui vous coûte le double du jour au lendemain. Les transporteurs routiers ont aussitôt protesté et bloqué les routes. Et dans ce pays montagneux, toute l’économie ou presque dépend du transport routier.

Les étudiants et les fonctionnaires ont emboîté le pas. Et pour cause: le plan du FMI impose aussi une réduction de moitié du nombre de jours de congés dans la fonction publique, ramenés de 30 à 15 jours par an. Puis ce sont les associations indigènes, indiennes, très puissantes en Equateur, qui sont entrées dans la danse en ressortant de vieilles revendications anti FMI : sur le partage de la rente pétrolière, sur les destructions écologiques provoquées par les gisements pétroliers, sur la gestion des ressources en eau. C’est ainsi que le pays se retrouve paralysé. Les heures qui viennent s’annoncent instables et imprévisibles.  

L'ex socialiste contre "Supermoustache"

Il y a aussi un arrière-plan politique. Le président Moreno a un profil un peu particulier : c’est un ancien socialiste, qui s’est converti au libéralisme et à l’austérité. Il accuse ses anciens amis de tirer les ficelles : l’ex-président Correa, réfugié en Belgique, et le président contesté du Venezuela, Nicolas Maduro. Ce dernier s’est d’ailleurs moqué de cette accusation sur les réseaux sociaux, en disant : "C’est ça, je fais tomber les gouvernements à distance rien qu’en bougeant mes moustaches, je suis Supermoustache".

En fait, la problématique majeure de l’Equateur est quand même d’abord économique. Les ressources publiques du pays dépendent à 40 % du pétrole. La baisse du baril depuis cinq ans a donc un impact majeur en Equateur, comme dans plusieurs autres pays d’Amérique du Sud, quel que soit leur bord politique : le Venezuela, l’Argentine ou le Brésil.  

Des manifestants à Quito en Equateur, le 8 octobre. 
Des manifestants à Quito en Equateur, le 8 octobre.  (MARTIN BERNETTI / AFP)