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L'Afrique du Sud se déchire sur la redistribution des terres au profit des Noirs

Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée sous les radars. Aujourd’hui, direction l’Afrique du Sud, agitée par un débat houleux : la réforme agraire.

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Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, ici en décembre 2017.
Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, ici en décembre 2017. (KIM LUDBROOK / EPA)

L’Afrique du Sud est agitée par un débat houleux sur la réforme agraire, c'est-à-dire la redistribution des terres au profit des Noirs. C’est un peu l’Arlésienne dans le pays et le sujet revient donc sur le tapis. Le nouveau président Cyril Ramaphosa a annoncé mardi 28 août la modification du projet de loi initial sur le sujet. Et le lendemain, une commission parlementaire doit également se prononcer.

Un sujet politique particulièrement sensible pour les 55 millions de Sud-Africains, parce que c’est le symbole de l’apartheid. Il y a un siècle, en 1913, 93% des terres avaient été réservées aux colons Blancs. Et aujourd’hui, 25 ans après la fin de l’apartheid, la situation n’a évolué que très modérément : 72% des terres sont encore aux mains des Blancs alors qu’ils ne représentent que 8% de la population.

Seuls 4 millions d'hectares sur les 25 promis ont basculé aux mains des Noirs

La redistribution aux Noirs, promise par Nelson Mandela et par son parti, l’ANC, toujours au pouvoir, ne s’est opérée que très à la marge : seulement 4 millions d’hectares ont basculé aux mains des Noirs. La promesse était de 25 millions. Aujourd’hui, le pouvoir remet le sujet sur la table, avec l’hypothèse d’opérer certaines expropriations de terre. En théorie, il en a les moyens : il lui faut opérer une réforme constitutionnelle, mais c’est possible compte tenu des équilibres politiques dans le pays.

Pas sûr que ça puisse se faire. Au premier coup d’œil, évidemment, c’est une question d’équité. L’écart de revenus entre la majorité noire et la minorité blanche est colossal, le chômage, qui frappe d’abord les Noirs, atteint 27%. Certains dirigeants, comme Julius Malema, qui dirige le parti Economic Freedom Fighters, réclame des expropriations sans compensation, il vise notamment 150 propriétés emblématiques. Le problème, c’est qu’il y a un risque économique et social. Le Zimbabwe voisin est passé par là il y a 20 ans : les fermiers Noirs n’ayant pas été formés, l’économie du pays a plongé, avec à la clé des violences anti-Blancs.

Donald Trump dénonce des "meurtres de fermiers blancs à grande échelle"

Donc le président Ramaphosa hésite. Et voilà que Donald Trump s’en mêle ! Fidèle à ses habitudes, il a pondu un tweet, en fin de semaine dernière. Trump dit qu’il faut étudier cette situation et il dénonce les "meurtres de fermiers blancs à grande échelle".

Cela flatte sans doute les penchants racistes d’une partie de son électorat, mais il raconte n’importe quoi. Depuis 20 ans, il n’y a jamais eu aussi peu de crimes de ce genre en Afrique du Sud. Imaginez la réaction de Cyril Ramaphosa.

Ça renvoie quand même à un point crucial : les réformes agraires, pour réussir, doivent être accompagnées par des compensations adéquates. L’ONU et la Banque Mondiale ont un rôle à jouer dans ce dispositif. En tout cas, l’Afrique tout entière est attentive parce que l’Afrique du Sud est la deuxième économie du continent. Et surtout parce que pour tous les Africains, c’est un symbole majeur de la relation à l’ancien colon.

Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, ici en décembre 2017.
Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, ici en décembre 2017. (KIM LUDBROOK / EPA)