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L'affaire Sandoval, épine dans les relations entre la France et l'Argentine

Le Conseil Constitutionnel examine ce mardi 14 mai une affaire qui contrarie les relations entre la France et l’Argentine : c’est le dossier Mario Sandoval.

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Des membres de l\'association des Mères et Grands-mères de la place de Mai réclament justice. 
Des membres de l'association des Mères et Grands-mères de la place de Mai réclament justice.  (EMILIANO LASALVIA / AFP)

Les juges français doivent décider s’ils valident l’extradition de Mario Sandoval, âgé de 65 ans, réfugié en France, et accusé d’avoir été un homme de main de la dictature argentine à la fin des années 70. L’histoire est à rebondissements. Mario Sandoval est soupçonné de plus de 500 cas de violation des droits de l’homme. Mais il est principalement poursuivi dans une affaire : la disparition d’un étudiant, Hernan Abriata, le 30 octobre 1976. Ce jour-là, un inspecteur de la police fédérale argentine qui se présente sous le nom de "Sandoval", se présente chez les Abriata. Il embarque le jeune étudiant pour l'emmener à l’Ecole de mécanique de la Marine, c’est là que la dictature torturait les opposants.

On ne reverra jamais Hernan Abriata. Peut-être a-t-il été, comme beaucoup d’autres, jeté depuis un avion dans l’embouchure du Rio de la Plata, près de Buenos Aires. C’était une pratique courante des militaires. Depuis, sa mère Beatriz n’a jamais cessé de réclamer la vérité, dans le cadre de la célèbre association des Mères et Grands-mères de la place de Mai.

Une nouvelle vie en France pour "Churrasco"

Celui que l’on surnommait "Churrasco" pendant la dictature (un diminutif qui veut dire "beau gosse") s’est réfugié en France. Et il a fini par obtenir la nationalité française en 1997. Diplômé de sciences politiques, universitaire, membre du collège international de philosophie, il a refait sa vie, avec un certain prestige. Et son nom a été cité dans certaines affaires entre espionnage et diplomatie, notamment lors de la libération d’Ingrid Betancourt en Colombie. Certains pensent qu’il a été protégé par l’Etat français.

Il est vrai que l’Argentine elle-même, dans les années 80 et 90, avait amnistié la plupart des militaires et policiers impliqués dans la dictature entre 1976 et 1983. Mais en 2003, la loi d’amnistie a été abrogée par le président argentin Nestor Kirchner. Et du coup, cela a ouvert à la porte à de multiples procédures. En mars 2012, le juge argentin Sergio Torres a donc demandé à la France l’extradition de Mario Sandoval.  

Imbroglio judiciaire après 43 ans d'attente

Le dossier a donc atterri sur le bureau de la justice française. Et là encore, il y a eu des rebondissements en série. En 2014, la Cour d’appel de Paris autorise l’extradition, puis la Cour de Cassation la rejette. Une nouvelle procédure suit avec un nouveau feu vert d’extradition, cette fois validé par la Cour de Cassation. Sandoval introduit alors un recours devant le Conseil Constitutionnel, en arguant que les faits reprochés sont prescrits. Précisons que Mario Sandoval nie tout en bloc. Il conteste même être l’inspecteur à l’origine de ces exactions. Selon lui, malgré les multiples témoignages à charge, il y a erreur sur la personne. La décision du Conseil constitutionnel, après l’audience de ce 14 mai, est attendue rapidement. Beatriz Abriata, elle, attend depuis 43 ans.    

Des membres de l\'association des Mères et Grands-mères de la place de Mai réclament justice. 
Des membres de l'association des Mères et Grands-mères de la place de Mai réclament justice.  (EMILIANO LASALVIA / AFP)