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Haïti annule son carnaval et s'enfonce dans la crise

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Le pays des Caraïbes s’enfonce dans le chaos économique, social et  politique. Le carnaval vient d’être annulé sur fond d’affrontements entre policiers et militaires.  

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Un carrefour de Port-au-Prince lors d'affrontements entre policiers et militaires le 24 février 2020 (ESTAILOVE ST-VAL / AFP)

Depuis dimanche 23 février, Port-au-Prince, la capitale du pays, ressemble à une ville morte selon plusieurs témoignages. Les trois millions d’habitants que compte la ville au sens large, restent chez eux. Les commerces sont pour la plupart fermés. Des barricades bloquent les routes et l’entrée des commissariats. Et personne ne se hasarde dans le centre-ville. En particulier dans la zone du Champ de Mars, où se sont produits, dimanche 20, les affrontements les plus violents. Ces combats de rue ont opposé, c’est assez peu courant, des policiers aux militaires. Et ils ont fait au moins 2 morts et 10 blessés. En fait, les policiers demandent des hausses de salaire (un jeune policier débutant ne gagne que l’équivalent de 180 € par mois). Et ils protestent contre le refus du gouvernement de les laisser constituer un syndicat. Armés de cocktails Molotov et de pistolets automatiques, ils ont donc défié les forces armées, ils ont même attaqué le quartier général de l’armée, symbole du pouvoir. Les locaux de Radio Caraïbes ont également été détruits.

Un carnaval déjà annulé l'an dernier

Et le carnaval a été annulé : la fête devait débuter dimanche 23 février au soir, et le clou du spectacle était prévu ce mardi 25. Initialement le gouvernement avait promis de maintenir le carnaval. Il a finalement renoncé, d’autant que lors des émeutes des hangars abritant des chars du carnaval ont été brûlés. La fête a quand même été maintenue dans la grande ville du nord du pays, Cap Haïtien, mais elle se déroule sous tension. L’un des chars a dû faire marche arrière devant la colère de la foule : il était à l’effigie du chanteur et politicien Michel Martelly.  A Port-au-Prince, le carnaval avait déjà été annulé l’an dernier, pour des raisons assez similaires de tension sociale. Et c’est un symbole fort parce qu’en Haïti, le carnaval c’est majeur : c’est à la fois un événement culturel évidemment, un moment de forte consommation et donc une manne économique. Et surtout une forme de soupape pour cette société très pauvre, un moment où les frustrations peuvent se libérer.

Inflation, corruption, banditisme

Cette annulation fragilise un peu plus le pouvoir du président Jovenel, qui est déjà très contesté. C’est le dernier épisode d’une crise qui dure depuis un an et demi, depuis qu’à l’été 2018, le gouvernement a essayé d’augmenter le prix de l’essence de 38%. Depuis la contestation n’a pas cessé pour dénoncer l’inflation (20%) et la corruption généralisée du personnel politique. Sur les 11 millions d’Haïtiens, 60% vivent sous le seuil de pauvreté. Et au fil des mois, l’insécurité s’est installée dans le pays. Les gangs et les bandits de grand chemin coupent les routes. Et ils multiplient les enlèvements, pour demander des rançons : 15 rien qu’au mois de janvier. Donc un tous les deux jours. Autant dire que la contestation et la grève des policiers n’arrange rien. Haïti s’enfonce dans le chaos.

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