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Face à la répression en Birmanie, les manifestants font assaut de créativité

Plus de deux semaines après le putsch militaire du 1er février dans ce pays d'Asie, également appelé Myanmar, les manifestations continuent et la mobilisation prend des formes originales dans la rue comme sur les réseaux sociaux.  

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Des manifestants bloquent un pont avec leurs voitures lors d\'une manifestation contre le coup d\'État militaire, à Yangon en Birmanie le 17 février 2021.
Des manifestants bloquent un pont avec leurs voitures lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire, à Yangon en Birmanie le 17 février 2021. (SAI AUNG MAIN / AFP)

La mobilisation dans la rue en Birmanie, mercredi 17 février, s'est opérée avec un mot d’ordre simple et terriblement efficace pour les manifestations : "Garez votre voiture en panne". Le mot d’ordre a circulé ces derniers jours. Résultat, le mercredi matin à Rangoon, la plus grande ville du pays, des milliers de personnes ont bloqué les axes de circulation en arrêtant leurs voitures, leurs camionnettes, leurs poids lourds, au milieu de la route. Capots ouverts, et la pancarte : "Désolé en panne". L'objectif était d'empêcher les véhicules militaires et les fourgons de police de se déplacer pour disperser les manifestants.

Apparemment, cela a marché, même si les informations nous parviennent difficilement depuis ce pays de 54 millions d’habitants. Des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers, de personnes ont pu se réunir dans le centre de Rangoon pour réclamer une nouvelle fois le retour du pouvoir civil. Des rassemblements ont également eu lieu dans d’autres villes du pays, comme Naypidaw la capitale, malgré les interdictions de manifester. Les appels à la désobéissance civile continuent de se propager, en particulier au sein de certaines professions appelées à cesser le travail pour paralyser le pays : les enseignants, les médecins, les cheminots ou les contrôleurs aériens. 

Clips et chants de révolte

La mobilisation passe aussi par les réseaux sociaux en particulier avec des clips musicaux. Par exemple, une chanson rendue célèbre lors du soulèvement de 1988 qui avait été réprimé dans le sang. Elle s’appelle Kabar Ma Kyay Bu, ce qui veut dire : "Nous n’oublierons pas jusqu’à la fin du monde". Elle vient de ressortir sur YouTube, avec près d'un million de vues.

Ce n’est qu’un exemple. Il y en a d'autres, comme un clip baptisé Révolution. Ou la vidéo d’une flash mob, d’une chorégraphie hip hop en pleine manifestation sur la musique de They don’t care about us ("Ils n’en ont rien à faire de nous"), de Michael Jackson. Les chants de révolte, les thangyat, sont une tradition en Birmanie. Mais ils prennent une nouvelle ampleur avec internet qui s’est considérablement développé pendant ces dix années de régime civil et de modernisation. Les jeunes sont tous équipés de téléphone portable et n’hésitent pas à contourner la censure sur Internet en achetant des systèmes de VPN. Et ils ont recours à tous les réseaux sociaux disponibles : Tik Tok, Instagram, Discord, Facebook, etc.

Les généraux putschistes n’avaient sans doute pas vraiment prévu ça mais ils sont quand même bien décidés à réprimer. Des mouvements de troupes en direction de Rangoon ont été repérés. Ce n’est pas très bon signe. Il ne fait guère de doute que les militaires vont chercher à accroître la répression. Près de 500 personnes ont déjà été arrêtées. Les interpellations nocturnes se multiplient. Une nouvelle loi sur la cybersécurité est sur le point d’être adoptée. Les généraux, qui détiennent tous les leviers du pouvoir dans le pays, et qui bénéficient de l’appui indirect de la Chine, ne vont pas céder facilement.  

Des manifestants bloquent un pont avec leurs voitures lors d\'une manifestation contre le coup d\'État militaire, à Yangon en Birmanie le 17 février 2021.
Des manifestants bloquent un pont avec leurs voitures lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire, à Yangon en Birmanie le 17 février 2021. (SAI AUNG MAIN / AFP)