Un monde d'avance, France info

En Turquie, la première récession économique depuis 2009 s'invite au menu des élections municipales

Tous les jours, dans Un monde d'avance, un coup de projecteur sur une actualité à l'étranger restée sous les radars. Aujourd'hui, la Turquie entre en récession pour la première fois depuis dix ans.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
A Instanbul, des turcs attendent de pouvoir acheter des fruits et légumes vendus par la municipalité, le 12 février 2019.
A Instanbul, des turcs attendent de pouvoir acheter des fruits et légumes vendus par la municipalité, le 12 février 2019. (OZAN KOSE / AFP)

Ça n'était pas arrivé depuis 2009 : mardi 12 mars, la Turquie est officiellement entrée en récession. Ce phénomène économique n'est jamais une bonne nouvelle pour un pays et à trois semaines des élections municipales, ça l'est encore moins pour ses dirigeants. Ce revers économique pourrait avoir des conséquences sérieuses pour Recep Tayyip Erdogan. Pour éviter d'en subir les conséquences dans les urnes, le président turc a employé les grands moyens : baisse des prix de l'électricité, hausse des salaires et même vente par les municipalités de fruits et légumes à prix défiants toute concurrence... Tout est fait pour reconquérir un électorat qui s'effrite de plus en plus dans les périphéries urbaines.

L'économie, déterminante pour les votes turcs

Le président turc est surnommé "l'homme du miracle économique" et doit sa popularité à l'extraordinaire boom de l'économie turque il y a quinze ans. En effet, en Turquie plus qu'ailleurs, économie et politique sont intimement liées. Ainsi, les résultats électoraux de l'AKP, le parti d'Erdogan, ont toujours été conditionnés aux indicateurs économiques.

Quand le parti est arrivé au pouvoir en 2002, la Turquie, très endettée, était est au fond du trou. C'est sous l'AKP que l'économie a enfin décollé, permettant à des millions de turcs d'accéder enfin à la classe moyenne. Ce sont des Turcs des zones urbaines et conservateurs, issus des campagnes. Ils forment aujourd'hui le cœur de l'électorat de l'AKP. Le président Erdogan a donc toujours mis en avant dans ses discours nationalistes ce fameux miracle turc dont il est si fier. Or, avec deux trimestres consécutifs de croissance négative et donc cette entrée, officiellement, en recession, le miracle a du plomb dans l'aile.

Failles structurelles et bras de fer diplomatique

Si la Turquie se trouve désormais en situation de récession, c'est parce que la politique économique d'Erdogan et sa politique monétaire toute particulière a fini par mettre en évidence les failles structurelles du pays. En effet, pour assurer son triomphe lors du référendum qu'il organisé en 2017 afin de se faire octroyer les pleins pouvoirs, le président turc a fait d'énormes cadeaux électoraux : baisse massive de la TVA, crédits d'impôts.. Tout cela a creusé le déficit et fait monter l'inflation.

En 2018, la livre turque a fini par violemment dévisser, perdant en un an près de la moitié de sa valeur. Tout cela est arrivé sur fond d'énorme bras de fer diplomatique entre les États-Unis et la Turquie autour du sort d'un pasteur américain emprisonné en Turquie et accusé de soutien à Fetullah Gulen, le grand ennemi de Erdogan, accusé par le pouvoir turc d'être derrière le coup d'Etat manqué de 2016. Ce bras de fer a été assorti de sanctions économiques très dure de la part de Washington. Cela a effrayé les investisseurs et déprimé les ménages plombés par la hausse vertigineuse des prix. 

A Instanbul, des turcs attendent de pouvoir acheter des fruits et légumes vendus par la municipalité, le 12 février 2019.
A Instanbul, des turcs attendent de pouvoir acheter des fruits et légumes vendus par la municipalité, le 12 février 2019. (OZAN KOSE / AFP)