En Israël, des milliers d'ultra-orthodoxes réunis pour les obsèques de deux rabbins, malgré le confinement

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Le pays vient de prolonger son troisième confinement entamé fin décembre. Mais cela n’a pas dissuadé des milliers de juifs ultra-orthodoxes de se rassembler pour des funérailles dimanche.

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Radio France
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Des milliers de juifs ultra-orthodoxes assistent à un cortège funéraire du rabbin Meshulam Soloveitchik, à Jérusalem le 31 janvier 2021. (MENAHEM KAHANA / AFP)

Les images sont stupéfiantes. Alors que les rues des villes israéliennes sont désertées en raison du confinement, une foule énorme, compacte, avec que des hommes a été observée à Jérusalem. Entre 10 000 et 20 000 juifs ultra-orthodoxes se sont rassemblés dimanche 31 janvier à la mi-journée, selon les estimations de la presse israélienne. On distingue clairement sur les images qu'un grand nombre d’entre eux ne porte pas de masques. Tous, en tenue traditionnelle noire, voulaient rendre hommage à l’une des figures les plus célèbres de leur communauté, originaire de Biélorussie et rescapé de la Shoah, le rabbin Meshulam Soloveitchik, mort la veille à l’âge de 99 ans.

Le rabbin est mort du Covid-19 après plusieurs semaines de maladie. La foule s’est donc pressée contre le véhicule funéraire et l’a accompagné, depuis le domicile du rabbin dans le quartier de Sanhedria jusqu’au cimetière de Givat Shaul. Le tout en rangs ultra serrés, un peu comme une foule qui sort d’un stade de foot. Aucune distance de sécurité. La police n’a rien fait ou rien pu faire. Qui plus est, la même scène s’est reproduite, un peu plus tard dimanche soir, avec un peu moins d’ampleur quand même, pour les obsèques d’un autre rabbin.  

Vaccination record et contamination record

Tout ça se produit au moment où Israël est donc en plein confinement et aussi en pleine campagne de vaccination. Israël est le pays le plus avancé au monde pour la vaccination. En tous cas pour celle des Israéliens, c’est autre chose pour les Palestiniens. Un tiers de la population israélienne a reçu au moins une dose de vaccin. Mais le confinement, mis en place le 27 décembre, a été une nouvelle fois prolongé dimanche soir au moins jusqu’au vendredi 5 février inclus. 

Les chiffres de contamination demeurent très mauvais dans le pays. Il y a 6 000 nouveaux cas par jour, l’un des taux d’infection les plus élevés au monde en ce moment. Le virus se propage essentiellement chez les juifs ultra-orthodoxes. Ils comptent pour 11% de la population, mais pour 40% des nouveaux cas. Ils sont nombreux à refuser de fermer leurs écoles ou leurs synagogues. Il ne fait guère de doute que des rassemblements comme ceux de ce dimanche vont agir comme des clusters, des super foyers de contamination.  

Netanyahu prisonnier de son alliance avec les ultra-orthodoxes

Il y a des conséquences en chaine, cela provoque des remous politiques. C’est embarrassant pour le Premier ministre Benyamin Netanyahu, à moins de deux mois de nouvelles élections en Israël, prévues le 23 mars. Benyamin Netanyahu est en effet allié aux partis ultra-orthodoxes. Tous ses rivaux dénoncent la tolérance des pouvoirs publics vis-à-vis de rassemblements comme ceux de dimanche. En théorie, seules 20 personnes peuvent assister à des obsèques en Israël en ce moment. Pour Gideon Saar, par exemple, "ces images le prouvent, Netanyahu a renoncé à faire appliquer la loi pour des raisons politiques". Il ménage ses alliés. Même tonalité chez Benny Gantz : "Soit tout est fermé pour tous, soit tout est ouvert pour tous, mais on ne peut pas avoir des millions de familles enfermées chez elles, et en même temps des milliers d’ultra-orthodoxes rassemblés dehors en masse." Plusieurs partis pourraient donc envisager de ne plus faire alliance avec les ultra-orthodoxes. Si c’est le cas, Netanyahu, qui de surcroit est poursuivi par la justice, ne pourra peut-être plus former de coalition d’une taille suffisante pour gouverner.  

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