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En Inde, le Premier ministre instrumentalise politiquement la journée internationale du yoga

En ce solstice d’été du 21 juin, on ne célèbre pas seulement la musique. C’est aussi la journée internationale du yoga. Et en Inde, le premier ministre Narendra Modi ne se prive pas de l’utiliser politiquement.  

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Le Premier ministre indien Narendra Modi célèbre la 7e Journée internationale du yoga.
Le Premier ministre indien Narendra Modi célèbre la 7e Journée internationale du yoga. (AFP / PIB)

En théorie, le yoga, c’est la discipline de la sérénité, de l’équilibre, de la force intérieure. Avec environ 300 millions d’adeptes dans le monde. Mais dans le logiciel du premier ministre indien, c’est beaucoup plus que ça. Pour le très nationaliste Narendra Modi, c’est surtout un outil politique, l’incarnation des valeurs hindouistes, au service d’une Inde exclusivement hindouiste. Modi, au pouvoir depuis 2014, n’a donc pas raté l’occasion ce 21 juin au matin, d’un discours à la nation, pour vanter les bienfaits de la pratique et pour se poser un peu plus encore en une sorte de gourou. Ces derniers mois, Modi s’est laissé pousser la barbe, il cherche à apparaître comme un sage. Et au passage il ferme les yeux sur les pratiques de ses partisans les plus extrémistes. Par exemple, le yogi Adithyanath, un moine extrémiste membre du BJP (le parti de Modi) dirige l’exécutif de la région de l’Uttar Pradesh, dans le Nord de l’Inde. Et il a imposé la pratique du yoga au lycée. N’en déplaise aux Musulmans (15% de la population indienne). Dans le même temps, il a interdit les mariages interreligieux et mène une politique ouvertement discriminatoire à l’endroit des Musulmans.  

De prétendues vertus contre le virus

Le yoga est également brandi par le pouvoir comme une recette anti Covid. Narendra Modi affirme que le yoga possède, je cite, des "vertus protectrices" contre le virus. Lors de son discours à la Nation, il n’a pas hésité à l’affirmer : "les médecins, les combattants de première ligne contre la pandémie utilisent le yoga comme bouclier protecteur pour eux comme pour leurs patients". Ce n’est pas la première fois qu’il tient ce genre de propos. Il y a quelques semaines, de nombreux médecins indiens s’étaient d’ailleurs publiquement insurgés contre ces préconisations du Premier ministre. Mais en attendant, les ventes de plantes médicinales liées à la pratique du yoga se sont envolées dans le pays. Pour le plus grand bénéfice de qui ? De l’entreprise d’un certain Baba Ramdev, un gourou yogi lui aussi et un proche de Modi. Depuis son fief d’Haridwar au pied de l’Himalaya, il a fondé un empire commercial qui gagne des milliards, avec des milliers de cliniques et de magasins qui surfent sur les vertus présumées des plantes médicinales.  

La vaccination à petits pas

C’est d’autant plus choquant que la pandémie poursuit ses ravages en Inde;  le nombre de morts quotidiens diminue un peu depuis quelques semaines, mais reste très élevé, 2000 à 3000 par jour, victimes pour l’essentiel du fameux variant Delta. Le bilan total approche les 400.000 décès. Rapporté à la population, c’est certes nettement moins que les pays occidentaux, mais ce ne sont là que les chiffres officiels. Le bilan réel est sans doute beaucoup plus lourd. Et la vaccination n’avance que très lentement. Seulement 4% de la population totalement vaccinée (on approche des 30% en France). Le pays a pris beaucoup de retard. Narendra Modi a d’ailleurs profité de cette journée internationale du yoga pour annoncer que la vaccination dans le pays devient désormais gratuite.

Le Premier ministre indien Narendra Modi célèbre la 7e Journée internationale du yoga.
Le Premier ministre indien Narendra Modi célèbre la 7e Journée internationale du yoga. (AFP / PIB)