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En Chine, le pont le plus long du monde au-dessus de la mer relie Hong Kong à Macao

Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée "sous les radars" et qui pourrait nous échapper. Aujourd’hui, direction la Chine, où un pont gigantesque reliant Hong Kong à Macao fait polémique. 

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Le pont qui relie Hong Kong à Macao, en Chine, vu de Hong Kong, le 22 octobre 2018.
Le pont qui relie Hong Kong à Macao, en Chine, vu de Hong Kong, le 22 octobre 2018. (ANTHONY WALLACE / AFP)

C'est l'ouvrage de la démesure. Le pont le plus long du monde au-dessus de la mer, qui relie Hong Kong à Macao en Chine, va être ouvert mercredi 24 octobre. Il s'agit d'une deux fois trois voies qui passe au-dessus du delta de la rivière des Perles. Le pont fait 55 kilomètres de long. C'est 20 fois le Golden Gate de San Francisco, ou 18 fois le pont de l'île de Ré.

Jusqu'ici, le pont maritime le plus long au monde ne faisait "que" 35 km, il était déjà en Chine, en baie de Hangzhou, au sud de Shanghai. La construction de cet ouvrage hors normes a commencé en 2009, accompagnée de toute une série de péripéties : des retards - le pont devait initialement être inauguré en 2016 -, des dépassements de budget - on arrive à environ 120 milliards de yuans, soit 15 milliards d'euros -, des condamnations pour corruption... Cet été, deux techniciens ont été condamnés pour avoir falsifié des tests de sécurité sur le béton. Des drames aussi : au moins neuf ouvriers sont morts lors des travaux et une centaine d'autres ont été blessés.

Une révolution technique

D'un point de vue technique, c'est une révolution : ce pont a été conçu pour résister aux tremblements de terre, aux typhons, aux vents de 340 km/h mais aussi aux collisions accidentelles avec des bateaux. Il n'est pas très haut et pour que les navires puissent continuer à traverser l'estuaire, à mi-parcours, il descend sur une île artificielle puis plonge et se transforme en tunnel sous-marin sur plus de six kilomètres avant de ressortir à l'air libre.

Son objectif ? Officiellement, donner un coup d'accélérateur aux échanges commerciaux entre d'un côté, l’un des plus grands centres financiers de la planète (Hong Kong) et de l'autre Macao, le "Las Vegas asiatique".

Actuellement, le trajet prend quatre heures par voie terrestre. Avec le pont, il passera à 30 ou 45 minutes. Pas de voitures individuelles toutefois, le trajet reste réservé aux bus et aux camions de marchandises.

"Un cordon ombilical"

Mais cette construction fait polémique. D'abord, parce que c’est l’utilité même du pont qui est remise en cause : les prévisions de circulation sont assez faibles, elles ont été revues à la baisse avec moins de 30 000 véhicules par jour.

Mais surtout certains Hongkongais très attachés à leur autonomie voient dans cet ouvrage une nouvelle tentative de Pékin d'accroître son emprise sur l’ancienne colonie britannique. En vertu du principe "un pays, deux systèmes", Hong Kong bénéficie toujours d'un statut spécial et de libertés inexistantes dans le reste de la Chine. "Ce pont, c'est un peu comme un cordon ombilical", disait en mai dernier une militante pro-démocratie sur CNN. "Quand vous le voyez, vous savez que vous êtes liés à la mère patrie." En septembre dernier, une nouvelle liaison ferroviaire avait ouvert entre Hong Kong et la Chine et avait déjà suscité des inquiétudes similaires.

Le pont qui relie Hong Kong à Macao, en Chine, vu de Hong Kong, le 22 octobre 2018.
Le pont qui relie Hong Kong à Macao, en Chine, vu de Hong Kong, le 22 octobre 2018. (ANTHONY WALLACE / AFP)