En Australie, l'ONU au chevet de la Grande Barrière de corail à nouveau menacée de blanchissement

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Le célèbre récif australien est à nouveau victime du réchauffement climatique, avec un nouvel épisode de blanchissement du corail. Une équipe d’inspection de l’ONU est arrivée sur place.  

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Inquiétude pour la Grande Barrière de corail, en Australie. Photo prise au large du Queensland le 7 mars 2022 (GLENN NICHOLLS / AFP)

Cette inspection va durer une dizaine de jours avec de nombreuses rotations en hélicoptère et en avion au-dessus de ce récif somptueux et gigantesque, 2 300 km de long. L’objectif, c’est d’évaluer, à la sortie de l’été austral, l’ampleur de ce nouvel épisode de blanchissement du corail. Les conclusions seront ensuite transmises à la Commission du patrimoine mondial. En juin prochain, elle pourrait alors classer la Grande Barrière de Corail comme "site en péril". C’est ce que le gouvernement australien, très climatosceptique, cherche à éviter absolument parce que ce serait un échec politique avec des conséquences économiques : un impact potentiel sur le tourisme, ressource majeure de la province du Queensland, au nord-est du pays.

L’an dernier, l’Australie avait évité ce classement, en annonçant un plan massif de plusieurs milliards de dollars pour lutter contre la dégradation de la Grande Barrière. Mais ce plan s’attaque uniquement aux conséquences, pas aux causes, à savoir les émissions de gaz à l’origine du réchauffement. Et l’économie australienne continue de privilégier les énergies fossiles, le charbon en particulier.

Corail, mais aussi poissons et mollusques en danger

Ce nouvel épisode de blanchissement du corail ne semble faire aucun doute : les images tournées sur le récif parlent d’elles-mêmes. Dans la zone située au large de la ville de Townsville en particulier, sur une bande longue de 250 km, le blanchissement saute aux yeux.

C’est une algue très particulière, surnommée Zooks, qui colore le corail. Quand la température augmente trop, l’algue produit une toxine, elle est alors rejetée par le corail, qui perd ses couleurs et dépérit. Avant de potentiellement se casser. Et le corail sert d’abri à de très nombreuses espèces, poissons ou mollusques. La Grande Barrière compte 1 600 espèces de poissons et 3 000 de mollusques. Ces derniers mois, dans toute la région, la température de l’eau a dépassé de beaucoup la moyenne : entre un demi-degré et 3 degrés selon les moments. C’est rédhibitoire. Les scientifiques redoutent que la surface touchée par le blanchiment soit bien plus large que la seule zone de Townsville. C’est aussi ce que va chercher à établir cette mission de l’ONU    

Un blanchissement de plus en plus fréquent

Le plus préoccupant; c’est la fréquence croissante de ces épisodes de blanchissement : c’est le 6e depuis 25 ans, et le 4e en six ans, après 2016, 2017 et 2020. Pourtant cette année, la région a été touché par le phénomène météorologique de La Nina qui apporte généralement des pluies, des nuages et des températures plus douces. Mais ça n’a pas suffi. Pour que le corail se régénère et retrouve ses couleurs, il faut que la température baisse suffisamment longtemps pour que les algues reviennent. Si le blanchissement commence à se produire tous les ans ou tous les deux ans, la destruction du corail sera sans retour.

Les scientifiques australiens commencent d’ailleurs à dire qu’ils n’ont même pas le système de modélisation adapté : trop d’incertitudes et une évolution trop rapide. Rappelons que début mars, le nouveau rapport des scientifiques du GIEC, passé relativement inaperçu en raison de la guerre en Ukraine, a mis en évidence une dégradation rapide de la situation, soulignant que le réchauffement affecte déjà la moitié de la population mondiale.    

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