En Afghanistan les signes d'ouverture des talibans restent très minces

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Un peu plus d’un mois après leur arrivée au pouvoir à Kaboul, les talibans afghans viennent d'achever la formation de leur gouvernement. Et ils ne manifestent que de très timides signes d’ouverture.

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le nouveau directeur des sports du gouvernement taliban, Bashir Ahmad Rustamzai, en visite dans un gymnase de Kaboul le 14 septembre 2021. (BULENT KILIC / AFP)

Le symbole le plus évident de cette esquisse d’ouverture, c’est l’annonce faite mardi 21 septembre d’une reprise des cours pour les filles, au collège et au lycée, "aussi vite que possible". Même chose pour les universités privées : réouverture aux filles. Et c’est déjà le cas dans le primaire. "Aussi vite que possible", cela reste flou, ce n’est qu’une promesse, mais c’est un léger mieux par rapport à la fin des années 90, lors du premier régime taliban, puisqu'à cette époque, les filles s’étaient vu interdire l’accès à l’éducation.

Autre petit signe, ténu lui aussi, d’ouverture : la composition finale du gouvernement dévoilée le 21 septembre, avec la présence d’un ministre qui n’appartient pas à l’ethnie pachtoune, l’ethnie des talibans. Il a été nommé ministre délégué à la Santé. Il s’agit d’un Hazara, cette minorité chiite qui avait été persécutée par les talibans à la fin des années 90. Les Hazaras représentent à peu près 15% des 38 millions d’Afghans. Ce sont donc de petites concessions, qui reflètent sans doute quelques divisions au sein du mouvement taliban, et sans doute aussi les pressions exercées de l’étranger, notamment du Pakistan voisin. Le Premier ministre Imran Khan y affirme avoir des pourparlers avec les talibans pour obtenir un élargissement du gouvernement aux femmes et aux minorités.  

La mise à l'écart progressive des femmes

Cela dit, ces ouvertures demeurent toutes petites. Le message essentiel reste le même : pas de concession. C’est le retour d’un pouvoir rétrograde et obscurantiste avec aucune femme au gouvernement, bien entendu. Et le bâtiment qui abritait jusqu’à présent le ministère des Affaires féminines, s’est transformé en siège du ministère de "la promotion de la vertu et de la prévention du vice ". Tout est dit.

Par ailleurs, les femmes commencent à être exclues du monde du travail. Par exemple, seuls les hommes pourront désormais occuper un emploi parmi les employés municipaux de Kaboul. Les talibans ajoutent que les femmes sont invitées à rester chez elles, le temps que les lieux de travail soient aménagés et qu’y soient créées des séparations entre les hommes et les femmes. Rappelons que lors des 20 dernières années en Afghanistan, les femmes avaient pu accéder à de nombreux métiers, par exemple dans la police ou la magistrature.

Une nouvelle Constitution coranique

Le 17 septembre, les talibans ont publié une nouvelle Constitution. Article 1 : Toutes les lois seront fondées sur la jurisprudence hanafite. Autrement dit le pilier le plus ancien des écoles de la charia islamique. Autant dire que la religion devient l’alpha et l’omega de toute règle de vie.  

Il règne aussi une certaine confusion depuis un mois, comme si le pays n’était pas géré. Et c’est l’autre aspect le plus inquiétant : il ne l’est pas. Peut-être là encore en raison de divisions entre talibans. Et aussi parce que les fonctionnaires hésitent sur l’attitude à tenir. Sans compter que les élites du pays ont en grande partie pris la fuite fin août. Le pays est donc à l’arrêt, les salaires ne sont pas versés. L’aide internationale est suspendue, et elle représente à peu près 40% du budget de l’État. En conséquence, près d’un tiers de la population est menacée par la famine. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le patron de l’Organisation Mondiale de la Santé était à Kaboul lundi 20 septembre. Bref, pour l’instant, le pays, effectivement, n’est pas gouverné.  

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