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Dans le golfe Persique, la grande réconciliation se rapproche entre le Qatar et les Saoudiens

Le Qatar, non content d'accueillir la prochaine Coupe du monde de football, semble sur le point de se réconcilier avec son grand voisin, l'Arabie Saoudite. C'est un événement dans cette région du monde et les conséquences géopolitiques sont potentiellement multiples.

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Le roi saoudien Salman bin Abdulaziz Al-Saud prononce un discours lors du G20, le 22 novembre 2020 (illustration).
Le roi saoudien Salman bin Abdulaziz Al-Saud prononce un discours lors du G20, le 22 novembre 2020 (illustration). (AFP PHOTO / SAUDI ROYAL PALACE / BANDAR AL-JALOUD)

Les mots prononcés le 5 décembre en témoignent : c’est peut-être la fin du bras de fer qui dure depuis trois ans et demi, entre le Qatar et l'Arabie saoudite. "Un accord est à portée de mains", estime l’Arabie Saoudite. "Les discussions sont fructueuses", ajoute le Koweït, qui fait office de médiateur dans ce dossier.

Depuis juin 2017, le petit émirat du Qatar (trois millions d’habitants sur un territoire à peine plus grand qu’un département français) subit un embargo très strict, sans doute sans équivalent dans le monde. Tous ses voisins immédiats, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont totalement coupé les ponts : plus de liaisons commerciales ni diplomatiques, plus aucun passage terrestre, aérien ou naval.

Par exemple, les avions de Qatar Airways, interdits d’utilisation de l’espace aérien saoudien, sont obligés désormais de passer par l’Iran. L’Iran, c’est d’ailleurs l’une des deux pommes de discorde à l’origine de ce bras de fer : les Saoudiens reprochent aux Qataris une trop grande proximité avec les Iraniens. L’autre sujet de tiraillement, ce sont les liens entre les Qataris et l’organisation des Frères musulmans, détestée par l’Arabie saoudite. Le rétablissement des relations semble donc à portée de main, peut-être même avant la fin décembre, lors de la prochaine réunion du Conseil de coopération du Golfe.

Trois ans et demi d'embargo

Si ça bouge maintenant, c’est en grande partie sous la pression des États-Unis et plus particulièrement de l’administration Trump. Le président américain, en poste jusqu'au 20 janvier, a envoyé dans le Golfe début décembre son chef de la diplomatie Mike Pompeo et son gendre Jared Kushner, chargé de longue date du dossier du Proche et du Moyen Orient. Les deux hommes ont rencontré tous les interlocuteurs du dossier. Avec un objectif : constituer l’alliance la plus large face à "l’ennemi juré" de Washington, l’Iran, pour limiter au maximum la marge de manœuvre du nouveau président Joe Biden sur ce sujet.

L’Arabie saoudite y est d’autant plus disposée qu’elle redoute une attitude plus conciliante vis-à-vis de Téhéran de la part de la future équipe Biden. Le président élu, on le sait, entend en particulier revenir dans l’accord sur le nucléaire iranien. Pour les Saoudiens, il s’agit donc de hiérarchiser les problèmes : l’Iran est l’adversaire principal, quitte à devoir se réconcilier avec le Qatar.

L'alliance contre l'Iran

On est donc dans une vraie partie d’échecs géopolitique et il y a encore d’autres acteurs : tout est dans tout dans cette région du monde. Il s’agit d’une sorte de marchandage général. Le Qatar est au centre de la stratégie américaine sur plusieurs dossiers. Il sert aussi de base aux négociations des Américains avec les Talibans afghans. En favorisant la réconciliation entre Qataris et Saoudiens, les États-Unis ont aussi en tête le grand dossier de la réconciliation des pays arabes avec Israël. Là encore, il s’agit d’unir les forces face à "l’ennemi commun", Téhéran. Donc, oui, derrière cette réconciliation, c’est tout l’équilibre de la région qui est dans la balance.

Le roi saoudien Salman bin Abdulaziz Al-Saud prononce un discours lors du G20, le 22 novembre 2020 (illustration).
Le roi saoudien Salman bin Abdulaziz Al-Saud prononce un discours lors du G20, le 22 novembre 2020 (illustration). (AFP PHOTO / SAUDI ROYAL PALACE / BANDAR AL-JALOUD)