Controverse en Palestine sur une exposition de caricatures de Yasser Arafat

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Des dessins montrant l’ancien dirigeant palestinien ont été retirés d'un musée de Ramallah après une vague de protestations. L’épisode est révélateur de la situation politique en Cisjordanie.

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le portrait de Yasser Arafat sur la chemise d'un Palestinien, lors d'un rassemblement à Hebron (Cisjordanie) le 11 novembre 2021 à l'occasion du 17e anniversaire de sa disparition. Illustration (HAZEM BADER / AFP)

Tout le monde connaît la figure de l’ancien chef du Fatah puis de l’Autorité palestinienne, décédé en 2004 à 75 ans. Un musée porte son nom à Ramallah, la capitale de Cisjordanie, ce territoire palestinien de plus de trois millions d’habitants. Dimanche 23 janvier, une exposition y a été inaugurée de façon tout à fait officielle, par le Premier ministre palestinien Mohammed Shtayeh. Plus de 350 dessins et peintures sur la Palestine et la cause palestinienne, avec une centaine d’artistes impliqués provenant de 43 pays. L’événement se présente comme une mobilisation internationale en faveur de la cause palestinienne.

Seulement voilà, dans le lot, il y a une série de caricatures (35 au total), de Yasser Arafat. Et ce n’est pas du goût de tout le monde en Palestine : dans la foulée de l’inauguration, les réseaux sociaux ont été envahis de protestations dénonçant une atteinte à "l’icône" Arafat. Le musée a essayé de se défendre en soulignant que ces dessins "ne représentent que le point de vue de leurs auteurs". Mais, mardi 25 janvier, il a dû se résoudre à enlever les caricatures. L’exposition est donc toujours là, mais plus aucun dessin ne montre Yasser Arafat.  

Des caricatures assez banales

C’est assez inquiétant sur l’état de la liberté d’expression, d’autant que ces 35 dessins ne sont pas bien méchants (on peut toujours trouver plusieurs d’entre eux sur Internet). Ce sont essentiellement des caricatures en gros plan du visage de l’ancien dirigeant palestinien, un peu sur le mode des dessinateurs de rue qui vous proposent de vous brosser le portrait en grossissant vos traits : en l’occurrence, le nez un peu épaté ou le léger strabisme d’Arafat, avec bien sûr toujours au premier plan le keffieh, le célèbre foulard palestinien. Rien d'agressif,  encore moins une forme de blasphème.

Mais même ça, cela ne passe pas auprès de certains militants et dirigeants palestiniens : on ne touche pas à Yasser Arafat. Cela n’a pas manqué de déclencher des commentaires ironiques sur les sites et réseaux sociaux israéliens. Un exemple : "Ils veulent gérer un État, mais ils ne sont même pas capables de gérer une exposition dans un musée".  

Divisions politiques internes et absence d'élections générales

Tout cela se produit dans un contexte politique confus en Cisjordanie, sur fond de rivalités internes au sein de l’Autorité Palestinienne. La succession du très vieillissant Mahmoud Abbas, 86 ans, n’est toujours pas réglée. Et surtout, il n’y a toujours pas d’élections générales en Palestine. Rien depuis 2005, hormis des élections municipales ici et là, les prochaines théoriquement au mois de mars dans les villes de Naplouse et d’Hébron.

Les élections présidentielle et législatives, prévues l’an dernier, ont été reportées sine die, sur fond à la fois de concurrence avec le Hamas qui contrôle la bande de Gaza, et aussi à l’intérieur même du Fatah qui contrôle la Cisjordanie via l’Autorité Palestinienne. En plus, la Cisjordanie est à bout de souffle financièrement. Se disputer la mémoire d’Arafat est aussi une façon, pour les différents clans ou caciques palestiniens, de se distinguer les uns des autres.        

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