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Colombie : les dissidents des FARC acceptent de négocier, un pas vers la "paix totale" ?

Les rebelles dissidents des FARC qui ont rejeté un accord de paix historique en 2016 se sont dits prêts dimanche à nouer un dialogue avec le gouvernement pour entamer des négociations afin de sortir leur groupe du conflit armé.
Article rédigé par franceinfo, Louise Bodet
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Le commandant en chef de la dissidence des FARC-EP Ivan Mordisco (C) assiste à une réunion avec les communautés locales à San Vicente del Caguan, département de Caqueta, Colombie, le 16 avril 2023. (JOAQUIN SARMIENTO / AFP)

C'est un motif d'espoir dans un pays rongé par soixante ans de lutte armée et de narcotrafic : la dissidence des FARC, longtemps plus puissante guérilla marxiste d'Amérique latine, se dit prête, dimanche 16 avril, à négocier la paix. Résultat des efforts de l'actuel président colombien Gustavo Petro, qui a fait d'une "paix totale" la priorité de son action lors de son accession au pouvoir à l'été 2022.


La "dissidence des FARC", ce sont 2 000 à 3 000 combattants qui ont refusé de signer l'accord de paix validé en 2016 par les Forces armées révolutionnaires colombiennes, accord historique qui n'a pas mis fin aux exactions, bien au contraire. Le président colombien Gustavo Petro a annoncé le 31 décembre une "trêve" avec cinq groupes armés, dont cet État-major central des FARC qui s'est dit prêt dimanche 16 avril à entrer dans le processus de paix. 

Donné pour mort, le numéro 1 de la dissidence réapparaît

Pour cela, l'EMC-FARC a organisé une grand-messe dans la pure tradition des guérillas marxistes de la seconde moitié du XXe siècle, réunissant des milliers de personnes, essentiellement des paysans, dans la savane du Yari, au sud du pays. Sono festive, drapeaux, portraits des leaders défunts du groupe marxiste et, sur le podium, Ivan Mordisco, numéro 1 de la dissidence, donné pour mort l'an dernier. Il s'est engagé à "accompagner le processus de dialogue" avec le gouvernement.

Un pas vers la paix ? C'est ce qu'espère Gustavo Petro, premier président de gauche de la Colombie, lui-même ancien guérillero, arrivé au pouvoir le 7 août 2022. Il a fait de la "paix totale" la grande ambition de son mandat. Dans cet objectif, il ambitionne de désarmer à la fois les guérillas et les cartels de la drogue, tout en s'attaquant aux inégalités et à la misère qui alimentent la violence. 
Le 20 septembre 2022, à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, Gustavo Petro déclare que "l'heure de la paix est venue [...] Il n'y a pas de paix totale sans justice sociale, économique et environnementale".  

L'or et la cocaïne, mannes financières de tous les groupes armés

Son idée est de négocier avec les organisations politiques, comme les FARC ou l'Armée de libération nationale, l'ELN, mais aussi d'offrir des peines réduites aux narcotrafiquants qui se soumettraient à la justice et abandonneraient les armes. 
Toutefois ce pari s'avère hasardeux. En témoigne ce que le Clan du Golfe, la plus grande organisation criminelle du pays, a fait de sa promesse de cessez-le-feu fin décembre : ses milices paramilitaires ont depuis continué leurs exactions, pilotant par ailleurs une révolte de petits orpailleurs dans le nord-ouest du pays. Cette révolte sert le Clan du Golfe, car l’or et la cocaïne financent tous les groupes armés colombiens, qu'ils soient politiques ou criminels. 


La Colombie est le premier producteur mondial de cocaïne. Et rien n'y a changé, ni la guerre totale au narcotrafic livrée par les prédécesseurs de Gustavo Petro, ni les 10 milliards de dollars d’aide américaine versés pendant 20 ans.

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