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Berlin pourrait geler les loyers de la ville pour cinq ans

La municipalité de la capitale allemande pourrait prendre cette mesure spectaculaire mardi 18 juin pour faire face à l’inflation des prix.

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A Berlin, certains locataires ont accroché des banderoles à leurs balcons pour dénoncer l\'augmentation des prix des loyers dans la capitale allemande.
A Berlin, certains locataires ont accroché des banderoles à leurs balcons pour dénoncer l'augmentation des prix des loyers dans la capitale allemande. (JOCHEN ECKEL / PICTURE ALLIANCE)

La décision de geler les loyers pendant cinq ans à Berlin est soumise, mardi 18 juin, à l’approbation du conseil municipal de la capitale allemande. Ce gel paraît très probable avec l’appui de la majorité de coalition, qui, dans la ville, regroupe les sociaux-démocrates, les écologistes et le parti de gauche radicale Die Linke.

La mesure serait applicable à partir de janvier prochain et concernerait la totalité des 1 500 000 locataires de la ville : à Berlin, il y a beaucoup plus de locataires que de propriétaires. Le sujet fait beaucoup parler en Allemagne, d’autant plus que d’autres grandes villes pourraient emboîter le pas et prendre la même décision : Francfort, Munich, Cologne. Cela dit, il faut s’attendre à une vraie bataille juridique : les grands propriétaires privés n’entendent pas se laisser faire. Ils pourraient introduire un recours en justice pour contester la constitutionnalité de cette décision.  

46% du budget moyen consacré au loyer

Il faut dire que les loyers flambent en Allemagne, en particulier à Berlin. La capitale allemande a longtemps été préservée par l’inflation des tarifs de l’immobilier. Mais depuis cinq ans, la hausse est forte, la plus forte au monde l’an dernier : + 30% en 12 mois dans certains quartiers de la ville, en particulier dans le centre. À un peu plus de 10 euros le m2 (en moyenne), les tarifs restent très inférieurs à ceux de Londres ou de Paris. Mais les salaires sont également plus faibles à Berlin : résultat, un Berlinois consacre désormais, en moyenne, 46% de son budget à payer son loyer.

Les habitants parlent de "Mietenwahnnsinn", soit littéralement "folie des loyers". Et cela ne risque pas de s'arranger avec 40 000 habitants supplémentaires par an.   L’explication principale de cette explosion des prix, c’est la privatisation du parc immobilier opérée au début des années 2000. Des grands groupes, comme Deutsche Wohnen et Vonovia ont racheté des centaines de milliers de logements à la municipalité. Ils ont rénové, plus ou moins bien, et ont augmenté les prix, à tel point qu’aujourd’hui de nombreux locataires sont menacés d’expulsion.  

Une pétition pour restituer les logements du privé à la municipalité

Ces grands groupes sont d’ailleurs visés par une pétition qui appelle à un référendum sur le sujet. La pétition s’appelle "DeutscheWohnen & co enteignen", ce qui signifie "exproprier Deutsche Wohnen et compagnie". Elle a déjà recueilli 77 000 signatures, déposées solennellement devant le Sénat de Berlin vendredi 14 juin.

Si elle atteint le cap des 180 000 signatures d’ici quatre mois, il y aura un référendum d’initiative populaire. Son but est d'interdire à tout groupe immobilier de posséder plus de 3 000 logements. Ces sociétés, qui dégagent des bénéfices importants, seraient contraintes de revendre à la municipalité. Objectif : recréer des logements sociaux.

Tout le paradoxe, c’est que dans les années 2000, cette privatisation de l’immobilier avait été effectuée à l’initiative de (quasiment) la même majorité municipale, sociaux-démocrates et parti de gauche. Mais à l’époque, cela semblait être une bonne idée pour faire rentrer de l’argent dans les caisses de la ville. 

A Berlin, certains locataires ont accroché des banderoles à leurs balcons pour dénoncer l\'augmentation des prix des loyers dans la capitale allemande.
A Berlin, certains locataires ont accroché des banderoles à leurs balcons pour dénoncer l'augmentation des prix des loyers dans la capitale allemande. (JOCHEN ECKEL / PICTURE ALLIANCE)