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Au Sri Lanka, mobilisation de masse pour le Premier ministre démis

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Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée "sous les radars" et qui pourrait nous échapper. Aujourd’hui, direction le Sri Lanka, au bord de basculer dans la violence et la guerre civile.

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Radio France
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Le 30 octobre 2018, des dizaines de milliers de sympathisants du Premier ministre limogé, Ranil Wickremesing, bloquent des routes, à Colombo, la capitale sri-lankaise. (ISHARA S.  KODIKARA / AFP)

Depuis la nuit du lundi 29 octobre, une marée verte a envahi les rues de Colombo, la capitale du Sri Lanka. Le vert est la couleur de l’UNP, le parti de l’un des deux Premiers ministres de cette île de 22 millions d’habitant située au sud-est de l’Inde. C'est là toute l’histoire, ce pays grand comme une région française compte depuis ce week-end deux Premiers ministres.

Une histoire de renvoi

Cela commence comme un polar et cela tourne ensuite au grand échiquier géopolitique. Tout a donc débuté vendredi soir, lorsque le président Sirisena a littéralement viré son Premier ministre Wickremesinghe. Le président dit soupçonner que des membres du gouvernement aient cherché à l’assassiner.

Il a aussitôt nommé un successeur : Rajapaksa. Mais le Premier ministre évincé ne l’entend pas de cette oreille. Pour ce dernier, c’est un "coup d’État". Il a donc refusé de se démettre, il s’est retranché dans sa résidence. Depuis hier, ses partisans, tout de vert vêtus, se massent aux alentours pour le protéger. Ils seraient déjà prêts de 100 000 à être descendus dans les rues.

La crise politique gronde

Les Sri Lankais font la queue devant les stations-service pour faire des réserves en essence et un bain de sang n’est pas à exclure. Il faut dire que le Sri Lanka se remet à peine d’une très longue guerre civile qui a duré un quart de siècle. De 1983 à 2009, le conflit avec la minorité tamoule, qui représente environ un quart de la population du pays, a fait plus de 40 000 morts. L’homme qui a mis fin au conflit, il y a dix ans, n’est autre que le nouveau Premier ministre.

Rajapaksa revient donc sur le devant de la scène. Le problème, c’est qu’à l’époque il l’avait fait avec des méthodes expéditives : massacres, tortures, disparitions forcées, amnistie pour les militaires. Même après la fin officielle de la guerre civile, la méthode avait perduré. À l’inverse, le Premier ministre évincé est plutôt un partisan du dialogue. Le retour de Rajapaksa suscite donc beaucoup de craintes. Ce simple changement de Premier ministre peut déclencher des affrontements dans tout le pays.

Les puissances étrangères s'en mêlent

Pour compléter le paysage, il y a des grands parrains étrangers dans cette affaire. D’abord, devinez qui ? La Chine ! Pékin est soupçonné d’être le marionnettiste dans cette affaire, parce que le Premier ministre revenant, Rajapaksa, est très lié à la Chine.

Pendant son mandat précédent, il avait validé de grands chantiers d’infrastructure intégralement financés par Pékin et qui ont fini par passer totalement sous contrôle chinois. Notamment un port et un aéroport, ce dernier étant réputé être "le plus vide du monde". Bref, le Sri Lanka s’est endetté pour remplir les caisses chinoises. Le retour de Rajapaksa est donc vu d’un très bon œil par Pékin.

À l’inverse, le Premier ministre limogé est soutenu par l’Inde et par les États-Unis. Derrière cette crise politique locale se cache donc un nouvel épisode de la grande rivalité entre Pékin et Washington.

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