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Au Burundi, gribouiller la photo du chef de l'Etat conduit en prison

Dans ce pays au cœur de l’Afrique, on ne plaisante pas du tout avec l’image du président de la République, qui a développé un vrai culte de la personnalité.  

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Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, en juillet 2018.
Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, en juillet 2018. (EVRARD NGENDAKUMANA / XINHUA)

L’histoire est à peine croyable, et elle en dit long sur la dérive de ce pays de la région des Grands Lacs, voisin du Rwanda. Trois adolescentes, elles se prénomment Belyse, Micheline et Consolatte, ont été emprisonnées mercredi 20 mars dans l'après-midi, dans le Nord du pays, au seul motif qu’elles sont soupçonnées d’avoir gribouillé des photos du président sur leurs manuels d’école. Elles sont poursuivies pour "outrages au chef de l’Etat" et risquent jusqu’à cinq ans de prison ! On ne sait pas encore quand le procès aura lieu.

Les faits ne sont mêmes pas établis : les enseignants de l’école en question affirment que ces manuels scolaires passent de main en main depuis des années. Il est donc quasi impossible de savoir quels sont les auteurs des gribouillages. Mais l’essentiel, évidemment, est ailleurs : dans la seule existence de ces poursuites, a fortiori contre des mineurs. Et ce n’est pas la première fois dans ce pays de 11 millions d’habitants : il y a trois ans déjà, 11 lycéens avaient été condamnés pour des faits similaires. Ils avaient finalement été relâchés sous la pression de la communauté internationale.  

Le pouvoir du "guide suprême éternel"

Le chef de l’Etat Pierre Nkurunziza, 54 ans, au pouvoir depuis quatorze ans, a progressivement mis en place un vrai culte de la personnalité. Ses partisans le qualifient de "guide suprême éternel" : c’est un chrétien évangélique revendiqué et sa femme, qui est pasteur, voit en lui "l’élu de Dieu". Ça ne s’arrête pas là : l’an dernier, il a fait ratifier un référendum qui lui permet de rester au pouvoir jusqu’en 2034. Les opposants au texte n’ont pas été autorisés à faire campagne. Les voix dissidentes sont réduites au silence par les milices proches du pouvoir. Les passages à tabac, les viols, les tortures sont monnaie courante. La diffusion des médias étrangers comme la BBC a été interrompue. Les ONG ont vu leurs activités suspendues à l’automne dernier. Fin février 2019, le bureau du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU, encore présent dans la capitale Bujumbura, a été invité à faire ses valises. Il y a plus inquiétant encore dans cette région marquée par le génocide des Tutsis il y a 25 ans (800 000 morts au Rwanda, 300 000 au Burundi) : le pouvoir semble désormais chercher à dresser des listes sur la composition ethnique des communautés.  

Le regard distrait de la communauté internationale

Et personne ou quasiment personne n'en parle. L’Union Européenne jette un œil distrait. La commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, se dit préoccupée. Mais personne en effet, hormis les ONG, notamment Human Rights Watch, ne dit grand-chose. L’épisode de cet emprisonnement pour un simple gribouillage à l’école devrait donc nous alerter : il est grand temps que la communauté internationale se penche sur la situation au Burundi…        

Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, en juillet 2018.
Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, en juillet 2018. (EVRARD NGENDAKUMANA / XINHUA)