Argentine : Javier Milei mène une opération de charme avec les grands dirigeants de la Tech

Le président argentin, l’anarcho-libertarien, Javier Milei, est en visite dans la Silicon Valley, aux États-Unis, pour une série de tête à tête avec les PDG d'Apple, de Google et de Meta, ce qui nous éclaire sur le projet politique du chef d’État argentin.
Article rédigé par Olivier Poujade
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Le président argentin Javier Milei aux côtés d'Elon Musk, avec la secrétaire générale de la présidence argentine Karina Milei et l'ambassadeur d'Argentine aux États-Unis, Gerardo Werthein, le 6 mai 2024. (HANDOUT / ARGENTINIAN PRESIDENCY)

Javier Milei est au pouvoir depuis un peu plus de 5 mois et c’est déjà son quatrième aller-retour aux États-Unis. En avril 2024, l’Argentin posait pour la photo le pouce levé, en blouson de cuir et pantalon treillis fatigué, aux côtés d’Elon Musk devant la gigafactory de Tesla au Texas. Les deux hommes sont en pleine idylle et se retrouvent sur de nombreux points. Tous deux sont de farouches défenseurs du marché libre et des soldats de l’internationale populiste de droite. Cette semaine, Javier Milei rencontrera les PDG d’Apple, Google, Open AI et Meta, d’autres incarnations disruptives du pouvoir décentralisé.

"Le représentant ultime de la liberté au niveau mondial"

Javier Milei soigne ces rencontres avec les gros poissons de l’économie mondiale, car ils représentent tout ce dont rêve Milei pour l’Argentine. Ils ont révolutionné ou créé leur secteur d’activité, ils incarnent la réussite économique et leur pouvoir comparable à celui d’un chef d’État. Le président argentin veut faire partie de cette famille, qui défend la liberté d’entreprendre sans régulation et sans contrainte. C’est sa "mission", il l’a encore répété il y a quelques jours dans une interview accordée à un site d’information politique argentin : "Je suis le représentant ultime de la liberté au niveau mondial, que ça plaise ou non. La vérité, c’est qu’avant, l’agenda des responsables politiques argentins était un agenda de lilliputien ! Je joue dans une autre catégorie et partout où je vais, je provoque un tremblement de terre."

C’est la méthode de la tronçonneuse : tout bousculer pour mettre à terre les institutions, et mettre le potentiel argentin à disposition du secteur privé. En début d’année, Javier Milei a signé un décret autorisant Starlink, la société d'Elon Musk, à se déployer au-dessus du territoire argentin. Il espère lui vendre maintenant ses réserves de lithium pour les batteries électriques de Tesla. Le secteur argentin des technologies est l'un des plus prometteurs d’Amérique latine, Javier Milei en fera donc la promotion cette semaine dans la Silicon Valley.

Double jeu face à l'urgence économique

Pourtant, compte tenu de la situation économique désastreuse de l’Argentine, les analystes déconseillent formellement de miser sur ce pays. C’est ce qui explique sans doute le double jeu de l’anarcho libertarien. Pour faire face à l’urgence et obtenir des rallonges financières, Javier Milei a caressé dans le sens du poil le FMI, le genre d’institutions qu’il méprise. Mais son véritable objectif est de se rapprocher des nouveaux lieux décentralisés du pouvoir. Il travaille d’arrache-pied pour supprimer la banque centrale argentine et son gouvernement vient d’autoriser les transactions en Bitcoin. Tout cela va dans le sens de sa foi libertarienne : une seule loi, celle du marché, et un État réduit à son strict minimum.

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