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Pétrole, stocks électoraux

La France veut donc puiser dans ses stocks stratégiques de pétrole pour faire baisser les prix à la pompe. En apparence, la mesure paraît simple, mais la réalité est plus complexe.

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Il faut d'abord replacer cette déclaration dans son contexte. Que dit le ministre de l'Industrie et de l'Energie Eric Besson ? Que la France est favorable à la proposition américaine d'autoriser les Etats à puiser dans leurs réserves stratégiques de pétrole pour lutter contre les effets de la hausse des cours. En clair, la hausse des prix du carburant devient difficilement supportable pour l'automobiliste qui voit son pouvoir d'achat amputé, il est donc temps d'agir. Il est d'autant plus urgent d'agir que le contexte est aussi électoral. Election présidentielle en France (en avril) et aux Etats-Unis (en novembre). Agissons donc de concert pour faire baisser les prix à la pompe et le pari est gagné. Raisonnement simpliste car c'est oublier plein d'autres facteurs, même si, à court terme, la mesure n'est pas dénuée de fondement.

Piocher dans les stocks de pétrole peut réellement aider les prix à baisser ?

Oui, l'expérience le prouve.  Si le baril, qui est actuellement aux alentours de 125 dollars, en perd 10, les étiquettes à la pompe baisseront d'environ 5 centimes du litre. Mais avant même d'envisager cette perspective, il faut obtenir l'aval de l'ensemble des pays membres de l'Agence Internationale de l'Energie. Car c'est dans ses stocks que l'on va puiser. Des stocks équivalents à 10 millions de barils/jour pendant un an et que l'on ne peut utiliser qu'en cas de grave pénurie ou de conflit. En juin, l'AIE avait accepté d'ouvrir les vannes et le prix de l'essence avait momentanément baissé, mais rien ne dit que les 28 pays membres de l'Agence accèderont à la nouvelle demande de Washington et Paris... sauf à ce qu'une petite phrase lâchée récemment par le très puissant Président de la Réserve Fédérale Américaine ne les incite à le faire. Pour Alan Greenspan : ''la poursuite de la hausse du prix de l'or noir menace la croissance de la planète''. Comment les pays concernés y répondront ? Pour l'instant, c'est silence radio.

Admettons que les membres de l'AIE acceptent d'ouvrir les vannes et que les prix baissent... le phénomène sera-t-il durable ?

Objectivement non. Et pour au moins 4 raisons. 1/ les facteurs géopolitiques. Le feu qui couve entre l'Iran et Israël, dans le Détroit d'Ormuz, et au Nigéria, n'a que faire des logiques de campagnes électorales de part et d'autre de l'Atlantique. 2/ les pays de l'AIE devront un jour ou l'autre reconstituer leurs stocks de pétrole. 3/ la forte demande des pays émergents continue à gonfler. Enfin, 4/ : les spéculateurs sont toujours à l'affut. Donc puiser dans les stocks stratégiques aurait, certes, des effets à court terme. Cela ne serait qu'un cautère (électoral) sur une jambe de bois. Le vrai levier d'action serait d'alléger la fiscalité qui frappe le carburant. Mais la vache à lait est trop belle, surtout en période de disette budgétaire.

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