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Pacte de responsabilité, Medef piégé

Le Président du MEDEF, Pierre Gattaz, a présenté sa réponse au Pacte de responsabilité voulu par le gouvernement. 25 mesures au total. Le patron des patrons est resté droit dans ses bottes.

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Nous avons assisté à
une légère évolution du discours. Le MEDEF a opéré un changement sémantique
susceptible de peser sur la suite des négociations. Pierre Gattaz veut bien
entendre parler de contreparties  mais de
moyens et d'objectifs et non de sanctions. " Contrepartie de moyens et
d'objectifs mais non de sanctions ", qu'est-ce que cela veut dire ? Tout
simplement : " j'ai un plan d'actions concrètes mais travaillons ensemble,
Etat, gouvernement, et partenaires sociaux, main dans la main pour parvenir à
nos objectifs communs ".

Rien de
vraiment nouveau quand on regarde de près les 25 mesures présentées

On voit des
engagements de mobilisation autour de l'apprentissage, la formation, l'innovation,
le numérique, mais pas un seul engagement chiffré de créations d'emplois,
auquel d'ailleurs, plus personne ne croît, jusque dans les rangs syndicaux. En
réalité, Pierre GATTAZ tient bon pour ne pas se dédire et surtout marquer son
territoire sans diviser le MEDEF tiraillé entre des intérêts divergents en
fonction des branches, notamment en matière de baisses de charges. Il est
confronté à son premier lourd combat d'artillerie. Un vaste champ de bataille
sur lequel il est en première ligne. Le capitaine a-t-il expliqué et exprimé
correctement ce qu'il avait en tête ? Rien n'est moins sûr.

L'éternel problème de
la communication

Nous n'allons pas
refaire l'histoire ce matin mais, aux Etats-Unis, avec sa petite phrase hyper
médiatisée, il n'a fait que redire ce qu'il ne cesse de crier haut et fort
depuis des semaines. Etait-il judicieux d'en remettre une couche de cette
manière lors d'un déplacement officiel avec le Chef de l'Etat ? Hier, lors
de sa conférence de presse, Monsieur Gattaz a-t-il eu raison d'employer le
terme " mesures stressantes " pour les entreprises alors que le
stress c'est aussi celui, au quotidien, des français qui rencontrent des
difficultés sur le marché de l'emploi ? Le contexte économique et social
est tellement tendu aujourd'hui qu'il convient de peser ses mots. D'autant que
le politique est toujours à l'affût.

C'est à dire ?

Même s'il s'en
défend, Pierre Gattaz s'est fait piéger. Repassons le feuilleton
rapidement : à l'origine, souvenez-vous, il y a le pacte de
" confiance " inventé par le Medef lui-même l'été dernier. Ce
concept, François Hollande va le reprendre habilement à son compte en le
rebaptisant "pacte de responsabilité" (qui dit responsabilité, dit
engagement en retour). Superbe manip de stratégie politique. Le chef de l'Etat,
qui a échoué dans son ambition d'inverser la courbe du chômage, aura la
possibilité quand bon lui semblera de dire que si la bataille de l'emploi est
perdue, c'est à cause des patrons qui ont refusé les contreparties aux dizaines
de milliards d'euros consentis en baisse de charges. Renversement de situation.
Voilà Pierre GATTAZ dans une impasse et il va lui falloir beaucoup d'énergie
pour s'en sortir, jusque dans son propre camp. La politique est un métier, ce
n'est pas celui des patrons. François Hollande sait faire, Pierre GATTAZ doit
certainement encore apprendre. Mais il ne faudrait pas que la partie de ping-pong
ne dure trop longtemps, au risque d'exaspérer une opinion publique déjà très
fatiguée.

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