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Les aciers spéciaux au secours d'Ascométal

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Après l'épisode Arcelor l'année dernière, le secteur de la métallurgie fait de nouveau parler de lui. Ce mercredi 14 mai, le tribunal de commerce de Nanterre se penche sur quatre offres de reprise du groupe Ascometal, placé en redressement judiciaire en mars dernier. L'affaire devrait être réglée plus sereinement parce qu'économiquement bien différente.
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Radio France
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  (Le site d'Ascométal en Moselle, à Hagondange © Maxppp - Anthony Picore)

 Hasard du calendrier, la justice reçoit les prétendants à la reprise au lendemain de l'examen à l'Assemblée nationale du projet de loi sur l'économie sociale et solidaire qui "recycle" en partie la fameuse loi Florange. Cette loi, sur la reprise des sites industriels en difficulté, avait été retoquée par le Conseil constitutionnel il y a 2 mois. Dans le dossier Ascometal, pas besoin de loi Florange : les candidats à la reprise se bousculent au portillon.

On a beaucoup parlé d'Arcelor, on connaît moins Ascometal

Ascometal est une ancienne filiale d'Usinor. Le groupe, qui appartient au fonds américain Apollo, emploie 1.900 salariés et dispose de six sites industriels en France, dont trois principaux : Dunkerque (Nord), Hagondange (Moselle) et Fos-sur-Mer (Bouches du Rhône).

Le groupe exporte 50% de sa production vers de nombreux pays d'Europe de l'Est et de l'Ouest, d'Amérique du Nord, et d'Asie, et dégage un chiffre d'affaire proche d'un milliard d'euros, mais les différents propriétaires qui se sont succédés ces dernières années n'ont pas tenu la barre correctement. Aujourd'hui, Ascometal est plombé par une dette de 360 millions d'euros.

Qui sont les prétendants à la reprise ?

Quatre investisseurs se sont fait connaître : deux fonds américains (l'actuel propriétaire Apollo) et Anchorage, porté par l'homme d'affaire français Philippe Royer, qui a redressé Manoir Industries ces dernières années.

En face : une offre d'un brésilien et une qui émane de Français, emmenés par Franck Supplisson, ancien directeur de cabinet de l'actuelle directrice générale du FMI Christine Lagarde – lorsque celle-ci était ministre de l'Economie à Bercy. La proposition française prévoit la reprise de l'ensemble des sites industriels d'Ascometal et un programme d'investissement de 135 millions d'euros sur 4 ans.

Pourquoi s'intéresse-t-on à Ascometal alors que le secteur de la métallurgie en Europe est présenté comme moribond ?

Ce groupe est placé sur un créneau qui n'est pas frappé par la crise, ou en tous cas beaucoup moins : les aciers spéciaux. Des aciers bien spécifiques destinés aux marchés automobile, pétrolier (pour les plateformes) et l'industrie mécanique.

Le marché est là, l'entreprise est viable, encore faut-il qu'elle soit bien pilotée. L'actionnaire américain Apollo n'était-il pas un peu trop loin de ses bases, géographiquement, et assez motivé en termes de stratégie ? La question est clairement posée.

Pour sauver ce qui peut l'être de ses 1.900 salariés, Ascométal doit consolider sa branche et devenir compétitif sur quatre points au moins : la qualité des produits, la rapidité de livraison, les prix et l'innovation.

Encore une fois, tout n'est pas perdu en Europe et a fortiori en France. Un autre distributeur d'aciers spéciaux – le groupe français Jacquet Metal Service – a nettement amélioré sa rentabilité au premier trimestre avec des ventes en hausse de 20%. Quand une entreprise est bien gérée, normalement tout se déroule correctement. Pour Ascometal, la partie est jouable. L'intérêt manifesté par les quatre offres de reprise le prouve. Après une première audience ce mercredi après-midi, la justice devrait se prononcer avant la fin du mois.

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