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Le cadeau empoisonné de Bruxelles à François Hollande

Paris a donc obtenu de Bruxelles vendredi un répit de 2 ans pour ramener son déficit public sous les 3% du PIB. Un ballon d'oxygène qui a bien du mal à passer du côté allemand.

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L'opinion publique allemande peut, légitimement, mal comprendre la décision de Bruxelles de donner ce délai supplémentaire à la France pour rentrer dans les clous. Une opinion allemande de plus en plus convaincue d'avoir fait des efforts avant les autres. Ces autres, dont la France, qui bénéficient aujourd'hui d'un régime de faveur. Les Allemands votent en septembre pour des élections législatives et la tension monte outre Rhin face à tous ces mauvais élèves qui ont laissé glisser leur dette.

Angela Merkel pourrait en faire les frais ?

La décision prise par Bruxelles à la veille du week-end ne facilite pas la tâche de la chancelière allemande, prise entre une opinion échaudée, des alliés libéraux inquiets de la situation française, et une opposition remontée. Pour le ministre allemand de l'Economie (membre du parti social-démocrate SPD), la Commission a remis en cause de manière irresponsable la politique de consolidation budgétaire en Europe. François Hollande a beau faire l'éloge de son amie Angela dans l'hebdomadaire Spiegel ce matin, sous couvert d'une action salutaire, Bruxelles a sans doute élargi une brèche déjà béante entre Berlin et Paris.

Mise à part cette dimension politique, Bruxelles a-t-elle changé de cap  ou de stratégie ?

Non. La démarche libérale de la Commission reste intacte. Dirigeants et fonctionnaires européens ont compris qu'il était absurde de demander l'impossible à des Etats écrasés par la rigueur, mais il ne s'agit en aucun cas de renoncer à la consolidation budgétaire. La démarche de la Commission vis à vis de la France reste cohérente avec le Traité européen. On ajoute simplement un peu de mou à la doctrine. ''On jette l'austérité à la rivière mais pas la responsabilité budgétaire'', pour reprendre les termes d'un influent conseiller bruxellois. L'objectif est de réorienter les décisions politiques nationales vers une gestion plus intelligente des finances publiques, ce qui ne manquera pas d'alimenter les débats au sein de la majorité présidentielle en France. Quel cadeau empoisonné pour le premier anniversaire de François Hollande à l'Elysée !

C'est quand même un ballon d'oxygène pour la France...

Le ballon d'oxygène, c'est l'intensité de l'effort qui ralentit : au lieu d'un an, la France en dispose désormais de deux pour redresser ses comptes. Mais rien n'est réglé sur le fond. Le pays reste sur un sentier de croissance de la dette (la Commission européenne est plus pessimiste que le gouvernement en ce qui concerne la maîtrise des déficits). D'où la nécessaire poursuite - l'étalement - des efforts jusqu'en 2015 et après! Un tunnel pour le Chef de l'Etat qui devra agir et convaincre sans saper le peu de moral qui reste aux Français. Comment réduire la dépense publique sans augmenter les impôts ? Pour l'instant, c'est silence radio. Deux ans, c'est à la fois long et court... le temps du politique va devoir s'adapter au temps économique.

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