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James Tobin à la sauce européenne

La taxe sur les transactions financières revient sur le devant de la scène. Elle est dérivée de la "taxe Tobin", du nom de l'économiste américain James Tobin, qui l'a inventée dans les années 70 pour freiner la puissance de la finance internationale. Aujourd'hui, le projet européen est de recueillir de l'argent pour soutenir les pays en développement et lutter contre le réchauffement climatique. Le dossier rejaillit notamment avec les déclarations du Gouverneur de la Banque de France Christian Noyer

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En droite ligne avec la Banque Centrale Européenne, au point que l'on peut se demander s'il est du rôle des banquiers centraux en général, et de Christian Noyer en particulier, de prendre position sur le sujet. Est-il légitime que le Gouverneur de la Banque de France parle de fiscalité financière alors que son rôle est de s'occuper strictement de conduite monétaire ?
L'objectif européen de réduire l'hyperpuissance de la finance est une décision politique qui, normalement, ne semble pas relever de ses compétences directes.


Que dit précisément Christian NOYER ?*

Il estime que la future taxe sur les transactions financières telle que conçue par Bruxelles représente "un énorme risque" pour les pays qui l'appliqueraient. Selon Monsieur Noyer, cette taxe - qui existe déjà au niveau français mais qui ne rapporte pas autant que prévu (600 millions d'euros l'an dernier contre 1 milliard et demi attendus) -, appliquée au niveau européen, déclencherait la destruction de pans entiers de l'industrie financière, provoquant une délocalisation massive d'emplois et porterait atteinte globalement à la reprise. Rien de moins !
Paris Europlace, qui défend les intérêts de la plateforme parisienne, chiffre à 30.000 le nombre d'emplois qui pourraient être perdus ou déplacés vers d'autres capitales.

Vrai ou faux ?

Evidemment, pour être efficace, une telle taxe ne peut être envisagée que si elle s'applique à tout le monde. Je rappelle que, pour l'instant, ni Londres, ni Luxembourg ne font partie des négociations. L'industrie financière étant délocalisable instantanément (pas d'usine, pas de machines à déménager... uniquement des courtiers à bouger avec leurs ordinateurs), si la taxe ne fait pas l'objet d'un consensus international, cela peut effectivement poser problème à un pays ou une zone entière.
Mais peut-on laisser se développer sans contreparties une industrie financière déjà hypertrophiée ? En 2010, les transactions sur le seul marché des changes ont atteint 1 million de milliards de dollars... 65 fois le volume du commerce mondial. En 1970, ces transactions représentaient environ 20% du PIB mondial.

Vous voulez dire qu'une taxe sur ces transactions ne serait pas illégitime ?

Encore une fois, si elle concerne tout le monde, qui oserait tenir le raisonnement contraire ? Ca serait même le "jackpot" pour les caisses publiques. Honnêtement, si une taxe Tobin moderne pouvait apporter un peu de clarté dans cette industrie financière qui vit aujourd'hui au rythme de la nanoseconde (les ordinateurs sont paramétrés pour échanger et gagner un maximum d'argent en moins de la moitié d'une seconde...), ce trading de haute fréquence représente aujourd'hui 60% de l'activité de marché aux Etats-Unis et 40% en Europe... si on y voyait un peu plus clair, ca serait déjà un grand pas.

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