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Italie paralysée, zone euro grippée

La fiscalité est au cœur de la crise politique que traverse l'Italie. Cinq ministres berlusconiens de centre droit ont quitté la coalition gouvernementale, officiellement pour protester contre la hausse de la TVA. Ce nouvel épisode peut-il avoir des conséquences directes sur l'économie de l'ensemble de l'Europe ? Décryptage.

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La question se pose d'autant plus que l'Italie est la 3ème économie de la zone euro derrière l'Allemagne et la France en termes de richesses produites. Donc toute déstabilisation serait un poids supplémentaire que l'Eurogroupe devrait supporter. Pour mieux comprendre, remontons deux ans en arrière. En 2011 et 2012, en plein cœur de la crise, le Président du Conseil italien (le Premier ministre d'alors), Mario Monti, avait initié une réforme sur deux axes : les retraites et l'instauration d'une taxe sur la résidence principale pour redresser les finances publiques et lutter contre l'évasion fiscale. L'amorce de stabilité budgétaire qui a suivi a fait long feu.


Quel est l'état actuel de l'économie italienne ?*

Pas brillante. Les efforts imposés par Mario Monti n'ont pas permis d'enrayer la hausse de la dette (aujourd'hui, le pays est endetté à hauteur de 130% de sa richesse nationale. Rome doit rembourser plus qu'elle ne gagne, et cette dette ne fait qu'augmenter avec les intérêts de remboursement). Le pays est en récession depuis deux ans, le taux de chômage touche plus de 12% de la population active (40% des jeunes sont sans emplois). Schéma traditionnel : passés les premiers effets de redressement des comptes que j'évoquais, le plan de rigueur et la hausse des impôts ont plombé l'activité, donc la croissance.

C'est là qu'intervient la crise avec Silvio Berlusconi

Cinq ministres berlusconiens de centre droit ont quitté la coalition gouvernementale samedi dernier, officiellement pour protester contre la hausse de la fiscalité (la TVA devant passer de 21 à 22%). En fait, manœuvre purement politique orchestrée par une bête malade, ''il Cavaliere'' en fin de course.

Concrètement, en quoi cela aurait des répercussions directes sur la zone euro ?

Qui dit crise politique, dit incertitude exprimée par les marchés financiers. Cela se traduit par une hausse des taux d'intérêts auxquels Rome emprunte pour rembourser sa dette, ce qui ne fait que creuser un trou déjà abyssal... véritable cercle vicieux. Si l'Italie est étranglée, elle se tournera vers le dispositif de sauvegarde européen. Le problème c'est que le pays est trop gros - pèse trop lourd financièrement - pour être sauvé par ce biais comme on l'a fait pour des économies plus petites (Grèce ou Portugal). Et puis les conditions qu'imposerait Bruxelles pour donner son feu vert à un éventuel plan d'aide ne feraient que serrer encore plus la ceinture des italiens déjà étouffés. Voilà pourquoi, à cause d'un seul homme, pourtant totalement décrédibilisé, les tensions reviennent sur le Vieux continent.
Pour l'instant, les opérateurs semblent garder leur sang froid... leurs yeux sont plutôt tournés vers la crise budgétaire aux Etats-Unis. Et puis à Rome, il se pourrait que le vote de confiance au Premier ministre Enrico Letta, prévu aujourd'hui, tourne finalement à son avantage.
Ce matin, l'euro ne bouge pas et la France emprunte toujours à des taux plutôt avantageux. Mais pour combien de temps encore ?

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