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Compagnies aériennes en Europe : le Golfe passe à l'offensive

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Le transport aérien deviendrait-il le nouveau cheval de Troie des pays du Golfe pour étendre leur présence en Europe ? La question se pose à la lecture d’une lettre que les présidents d’Air France-KLM et Lufthansa viennent d’adresser à la Commission européenne.
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Radio France
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 (© Maxppp)

Après le PSG et les maroquineries le Tanneur pour le Qatar, après la quasi-totalité des palaces et hôtels de luxe parisiens rachetés les grandes familles d'Emirs, voici donc les compagnies aériennes du Vieux Continent. L’information est révélée par nos confrères de latribune.fr : dans un courrier commun adressé il y a trois jours à la Commission européenne, le Pdg d’AIR France-KLM Alexandre de Juniac, et son homologue allemand de la Lufthansa, Carsten Spohr, alertent sur la montée en puissance des compagnies du golfe dans le capital des transporteurs européens.

Aucun nom n’est cité mais on pense tout de suite aux compagnies Emirates, Qatar Airways ou celle d’Abu Dhabi : Etihad Airways. Cette dernière est probablement celle qui est le plus montrée du doigt après ses prises de participations dans Air Berlin, Air Serbia, la suisse Darwin Airlines, l’irlandaise Air Lingus et probablement bientôt l’italienne Alitalia.

Que demandent les patrons d'Air France et de la Lufthansa ?

 

Ils demandent que la Commission européenne s'assure que tous ces investissements soient compatibles avec les règles européennes qui établissent les conditions d'attribution des licences de transporteurs au sein de l'Union. Un article du règlement impose que le capital d'une compagnie européenne soit majoritairement contrôlé par des capitaux communautaires ou nationaux. Cette contrainte est-elle respectée ? C'est la question.

Les dirigeants d'Air France-KLM et Lufthansa craignent qu'à travers leur offensive capitalistique, les investisseurs des pays du Golfe obtiennent un contrôle de plus en plus important des compagnies aériennes européennes avec à la clef la possibilité d'influencer directement ou indirectement l'orientation du trafic.

C'est à dire ?

 

Une fois présents au capital des transporteurs européens, la tentation pourrait être grandes pour les actionnaires du Golfe d'orienter le trafic au départ de nos aéroports vers leurs hubs, c'est à dire leurs plate-forme de correspondances. L'un des hubs les plus importants aujourd'hui est celui de Dubaï aux Emirats Arabes Unis et tous les professionnels - jusqu'aux constructeurs d'avions comme Airbus ou Boeing - considèrent cette région comme un eldorado qui va se développer rapidement. C’est un point de passage crucial vers l'Asie, une destination de plus en plus prisée.

Ce sont donc les règles de concurrence qui sont clairement mises en avant

Etre présent au capital de plusieurs compagnies européennes, cela permet indirectement de mutualiser les offres commerciales : avec d'importantes capacités de sièges, on peut faire baisser les prix. Faire du tarif de gros en quelque sorte. Ce qui n'est pas possible dans l'autre sens car il n'y a aucune réciprocité. Les investisseurs européens ne peuvent pas monter au capital des compagnies et des aéroports des pays du Golfe puisqu'ils sont détenus par leur gouvernement.

Sans concurrence équitable, le transport aérien européenne va au désastre.  Cette alerte, Air France-KLM et Lufthansa l'ont lancée il y a déjà plusieurs mois mais la lettre qui vient d'être envoyée à Bruxelles donne à l'initiative un caractère plus officiel. Une action en justice serait envisagée mais elle reste à confirmer.

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