Si j'étais ..., France info

Si j’étais... Pierre Tchernia

Pierre Tchernia est mort dans la nuit du vendredi 7 au samedi 8 octobre. Il avait vécu la naissance de la petite lucarne en France. Depuis, le monde de la télévision a bien évolué. Exemple avec l'émission de Karine Lemarchand et " Ambition intime" diffusée dimanche soir sur M6. Bref, Karl Zéro s'est mis à la place de "Monsieur Cinéma".

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Pierre Tchernia, Monsieur Cinéma.
Pierre Tchernia, Monsieur Cinéma. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Si j’étais Pierre Tchernia, je serais décédé, et du coup j’aurais beaucoup plus de temps pour regarder la télé. Les derniers temps, j’étais un peu fatigué, je la regardais plus trop. Ah, la télévision, quelle histoire de fous, hein ? Comme les trois autres Pierrot – Desgraupes, Dumayet, Sabbagh – j’ai été un des trois Mousquetaires de ce média fascinant, enfin il y a  très longtemps, quand il était digne. Très très très longtemps donc. Rien ne m’y prédestinait. J’étais le quatrième enfant d’un ouvrier ukrainien immigré en France, on habitait Courbevoie, et surtout, argument imparable: la télé n’existait pas. C’était dans les années 30.  Mon vrai truc à moi, comme tous les mioches, c’était le cinéma. J’ai vu "La Chevauchée Fantastique, et j’en suis ressorti en me disant que "Je voulais être celui qui raconte des mensonges projetés sur des draps de lit." La vie en a décidé autrement, et j’ai raconté des mensonges dans une boite en bois munie d’une vitrine:  "Cinq colonnes à la une",  "36 chandelles", "La Piste aux étoiles",  "la Boite à sel" ,  "Monsieur Cinéma"…C’est loin, tout ça.

L'indescriptible rentrée de Morandini dans "Crimes" 

Si j’étais Pierre Tchernia, du haut du ciel, ayant retrouvé par là-même mon entière curiosité, je m’intéresserais donc aux nouveautés de ce petit écran qui a été ma vie. Et en deux jours, je dois vous dire que je n’ai pas été déçu, tant ce que j’y ai vu est indescriptible. Je crois que j’ai bien fait de partir. Deux exemples: d’abord, celui de Jean-Marc Morandini qui faisait lundi 10 octobre sur NRJ 12 sa grande rentrée, dans  "Crimes" . Au menu, que du lourd, je cite :

-  Après deux viols et un meurtre dans les années 80, les enquêteurs finissent par retrouver la piste du criminel, 27 ans après les faits.

Comment ce tueur, surnommé "L'étrangleur de la Robertsau", a-t-il pu vivre en toute impunité pendant toutes ces années ? Morandini s’explique

- Le 10 décembre 2013, un directeur d'école de 52 ans, est retrouvé sauvagement assassiné sur le siège passager de sa voiture.Qui pouvait en vouloir à cet instituteur apparemment respecté de tous ? Morandini , bien sûr.  

Encore un ?

- Le 6 octobre 2007, alors qu'il est censé retrouver son ex-femme pour fêter l'anniversaire de leur fille à Sarrebourg, Jean disparaît mystérieusement. Si son véhicule est retrouvé incendié le lendemain, le corps de Jean n'avait jamais été découvert. Je vous donne en mille où on l'a retrouvé. 

Karine Lemarchand et Marine Le Pen

Deuxième exemple : dimanche 9 octobre en soirée, j’ai suivi l’émission politique de M6, l’ex  "Petite chaîne qui monte". Là, comment dire, elle redescendait, tout schuss… La très plastique Karine Lemarchand, qui auparavant interrogeait des paysans en mal d’amour interrogeait des politiques en mal d’électeurs. Je n’ai pas vu Montebourg et Lemaire pleurer, je les ai loupés mais d’après Desgraupes c’était inouï, il a pleuré aussi en regardant, mais pas pour les mêmes raisons.

Moi je suis arrivé en retard, je n’ai vu que l’interview de Marine Le Pen. Spectacle térébrant ! De mon temps, j’étais de l’école Franck Capra qui disait que "Si on a un message à faire passer, il faut s'adresser à la Poste". Mes émissions étaient bon-enfant, et il me semblait jusqu’à ce dimanche que cette Karine Lemarchand oeuvrait dans la même veine. Mais pas du tout. Elle le croit, juste - ou elle fait très bien semblant. En face d’elle, de Madame Lemarchand, il y avait une femme politique, pas n’importe laquelle, pas une vielle amie, non, il y avait  Madame Le Pen. Oh, loin de moi l’idée qu’il faille la diaboliser, après tout elle a sué sang et eau pour se rendre présentable, gommer toutes aspérités: laissons lui le bénéfice du doute. Mais fallait-il enfoncer à ce point le clou à ce point, la présenter de façon si sympathique, si aimable, la rendre si touchante, si merveilleuse en un mot ? Eh-oh, Karine, c’est Marine ! Est-ce la magie des questions prévues de longue date, du montage sous la directive d’un cadre du parti, des cadrages et des filtres flatteurs ? Je ne peux croire que ce soit juste par appât du gain ou d’audience qu’une telle entreprise de béatification de Madame Le Pen ait eu lieu. En tous cas, suite à cette émission, moi, je vote Marine Le Pen. Heureusement que je n’ai plus le droit de vote !

Pierre Tchernia, Monsieur Cinéma.
Pierre Tchernia, Monsieur Cinéma. (PATRICK KOVARIK / AFP)