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Regard sur l'info. Covid-19 : le retour du spiritisme

Comme chaque dimanche, Thomas Snégaroff reçoit un auteur qui pose son regard sur l'actualité. Aujourd'hui c'est l'archéologue, anthropologue et médecin légiste, Philippe Charlier. Entretien sur les morts de cette pandémie et sur le retour du spiritisme. 

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Huile sur bois de Théodore Chasseriau, \"Le Spectre de Banquo\", 1854, collection du musée des Beaux Arts de Reims. Illustration
Huile sur bois de Théodore Chasseriau, "Le Spectre de Banquo", 1854, collection du musée des Beaux Arts de Reims. Illustration (ACTIVE MUSEU / MAXPPP / LE PICTORIUM)

Dans Autopsie des fantômes, Une histoire du surnaturel, son dernier ouvrage paru le 28 janvier chez Tallandier, Philippe Charlier qui n'en est pas à son premier essai pour faire parler les morts, revient aujourd'hui sur le comptage des morts, liés à la crise sanitaire et à la pandémie. Philippe Charlier est médecin légiste, archéologue, anthropologue, directeur du département de recherche et d'enseignement du musée Quai Branly Jacques Chirac. 

franceinfo : Philippe Charlier, la mort est partout en ce moment…

Philippe Charlier : Tous les jours on égrène le compte des morts. Là maintenant, en période de pandémie, ils deviennent visibles. On les voit, on les sent, on les compte. Chaque seconde est marquée par un décès. 

Est-ce que le retour est d’autant plus brutal ?

On est mis face à la réalité des morts, mais on ne peut assister aux funérailles, on ne peut voir le mort au moment de la mise en bière et s’assurer que la mort est réelle, est palpable. On est dans un entre-deux, un monde qui est une sorte de purgatoire. On sait que la personne est morte mais on ne la voit ni mourir, ni morte. Donc elle est plus difficile et l’une des choses les plus importantes c’est de faire son deuil dans cette période où la mort n’est pas objectivée, n’est pas constatée.

Dans votre livre, les fantômes ce sont ces morts du XIXe siècle que l’on veut faire parler, dont on n’accepte justement pas la mort…

Dès la fin du XVIIIe, la science explique tout. Il ne reste pour les religieux et les croyants, il ne reste que la mort. Ils vont forger le spirtisme, la communication avec les défunts, qui n’a rien de scientifique et puis la science va s’y intéresser. Et ces spirites vont aller chercher la science pour qu’il y ait la preuve qu’ils communiquent bien avec les défunts.

L’une des grandes figures de ce mouvement c’est Alan Kardec…

Il est pédagogue de formation. C’est un très mauvais medium. Nul à la table tournante ! Mais il a le talent de récupérer des tas de données pour construire le livre des esprits.

Que reste-t-il du spiritisme ?

Quasiment une religion d’État, notamment au Brésil. Et beaucoup de gens le pratiquent, et plus encore en période de crise, de cataclysme. En ce moment, il y a une vraie recrudescence, car il vient combler une attente : les morts on sait qu’ils existent, mais il y a l’absence des morts. et pour combler ce manque, le spiritisme s’invite.

Huile sur bois de Théodore Chasseriau, \"Le Spectre de Banquo\", 1854, collection du musée des Beaux Arts de Reims. Illustration
Huile sur bois de Théodore Chasseriau, "Le Spectre de Banquo", 1854, collection du musée des Beaux Arts de Reims. Illustration (ACTIVE MUSEU / MAXPPP / LE PICTORIUM)