Vidéo Rapport du Sénat : la pornographie "est devenue de plus en plus trash, de plus en plus violente", affirme une des co-auteures

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Un rapport sénatorial, intitulé "L'Enfer du décor", publié ce mercredi 28 septembre, pointe les violences systémiques envers les femmes dans l'industrie de la pornographie. 

La pornographie "est devenue de plus en plus trash, de plus en plus violente", explique ce mercredi 28 septembre sur franceinfo Alexandra Borchio-Fontimp, sénatrice Les Républicains des Alpes-Maritimes. Elle est l’une des co-auteures d’un rapport sénatorial, "L’Enfer du décor", publié ce mercredi, qui dénonce notamment des violences systématiques contre les femmes dans l’industrie pornographique et fait une vingtaine de propositions pour mieux comprendre et encadrer ce secteur qu’elle qualifie dans ce rapport de "machine à broyer les femmes". Elle "demande à l'Arcom, qui est censée réguler ces contenus, d'agir".

franceinfo : Vous avez recueilli de nombreux témoignages pour faire votre rapport. Qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?

Alexandra Borchio-Fontimp, sénatrice Les Républicains, co-autrice du rapport : On a travaillé pendant six mois sur ce rapport avec des dizaines d'auditions de neuropsychologues, médecins, et toute l'industrie pornographique. Ce qui m'a le plus marqué c'est l'audition que l'on a faite à huis clos des victimes d'une affaire qui est en cours. Elles ont subi toutes les dérives de la pornographie, leurs témoignages sont poignants et je m'en souviens encore aujourd'hui.

Vous écrivez que cette industrie est "une machine à broyer les femmes". Qu'est-ce que cela signifie ?

Cela signifie qu'aujourd'hui ce sont plus que des dérives. Depuis une vingtaine d'années on constate que la pornographie a évolué énormément avec les plateformes internet qui proposent des contenus pornographiques. Pour satisfaire les utilisateurs, elles ont besoin de faire des scènes de plus en plus trash, de plus en plus violentes. Lorsque l'on va sur ces sites internet, il y a des onglets, des spécialités par thèmes avec des titres qui sont extrêmement choquants. Aujourd'hui, la pornographie est devenue très trash et répond à la demande d'addiction de ces utilisateurs.

Est-ce qu'il y a un système qui vise à repérer des femmes qui ont besoin d'argent ou qui sont fragiles pour les convaincre d'être filmées ?

Oui, ce qui est inquiétant, c'est le mode de recrutement. Souvent ce sont des hommes qui se font passer pour une escort, qui contactent par des réseaux sociaux des femmes vulnérables, qui sont souvent en situation de précarité, des femmes jeunes, tout juste majeures. Au début, ils leur proposent de faire juste quelques photos et après c'est la manipulation, l'engrenage, avec des techniques sordides. Ils les tiennent psychologiquement et matériellement puisqu'à chaque fois ils leur promettent plus d'argent.

Vous préconisez un droit à l'oubli en faisant effacer ces films. Est-ce que c'est possible ?

Oui, c'est possible que les diffuseurs puissent les supprimer. Aujourd'hui, quand une victime veut supprimer la vidéo parce qu'elle n'a pas envie que ça la suive toute sa vie, le producteur réclame de l'argent. Ce que l'on propose c'est que la vidéo puisse être retirée gratuitement à la demande de la victime. On sait que ce n'est pas facile parce que les contenus sont streamés sur des sites du monde entier, mais on appuie vraiment sur ce droit à l'oubli qui est très important pour la prise en charge de la victime.

Deux tiers des adolescents de 15 ans ont déjà regardé du porno. Comment peut-on les protéger ?

D'abord on les éduque, dans le milieu scolaire. On a fait un déplacement dans un collège d'Île-de-France où un professeur de SVT qui, pendant les cours d'éducation sexuelle, sensibilisait les jeunes. Aujourd'hui, les adolescents se mettent souvent en photo quasi nus ou nus sur des réseaux sociaux que l'on connaît bien ou sur des plateformes où ils se font rémunérer à l'insu de leurs parents. Aujourd'hui, il y a vraiment une banalisation du corps de la femme, de l'homme, du jeune adulte, de l'adolescent, voire de l'enfant. C'est ça que l'on veut aussi dénoncer. Donc, il faut mieux éduquer les enfants mais aussi les parents qui parfois ignorent totalement que leurs enfants se mettent nus en photo. On propose que par défaut, quand un abonnement est souscrit le contrôle parental soit installé et que ce ne soit pas aux parents de le faire. Il faut absolument sensibiliser les parents. Les dérives ne sont pas que dans la sexualité, elles sont aussi dans la drogue. Aujourd'hui, on propose un tas de choses aux jeunes parce que ce sont des cibles faciles.

Pourquoi les fournisseurs déclarent-ils qu'ils ne savent pas interdire l'accès aux moins de 18 ans ?

C'est faux parce qu'aujourd'hui il y a un article du Code pénal qui n'est pas respecté. On a rencontré une entreprise britannique qui fait de la reconnaissance faciale, avec une incidence d'un an. Nous on demande à ce qu'il y ait un écran noir sur les sites internet ou qu'il y ait ce genre de dispositif. Des outils existent et je demande à l'Arcom, qui est censé réguler ces contenus, d'agir.

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