Réchauffement climatique : "On est engagé dans une bataille face à la nature, il y a des solutions, la partie n'est pas gagnée, mais elle n'est pas perdue"

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A l'occasion de "la fête de la nature", avec le sociologue Jean Viard, on s'interroge sur notre relation à la nature et au monde sauvage ou ce qu'il en reste. 

Article rédigé par
Benjamin Fontaine - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min.
"On va gagner cette bataille, il y a des micro-solutions : laisser pousser les herbes, planter des arbres, réduire les frais, changer l'énergie..." Jean Viard. (Illustration) (CRISTIAN BORTES / EYEEM / GETTY IMAGES)

Une randonnée photo, une sortie à la découverte des insectes : la grande fête de la nature se termine aujourd'hui avec encore beaucoup d'animations près de chez vous. C'est aussi la journée internationale de la biodiversité. Avec le sociologue Jean Viard, chercheur au CNRS on se pose la question de notre rapport à la nature qui évolue évidemment à travers les années, les décennies, même les siècles.

franceinfo : Aujourd'hui, avec les problématiques de réchauffement climatique, de décroissance, on a pourtant l'impression qu'on a un rapport ambigu à la nature, avec une envie de s'en rapprocher, mais une difficulté aussi à la protéger ? 

Jean Viard : C'est une envie contradictoire. D'un côté, on est un vieux pays paysan, on a construit notre identité sur la gerbe de blé, Marianne, etc. et ça, petit à petit, notamment avec le gaullisme, on en a fait l'effigie de la beauté. Le gaullisme a décidé qu'au fond, la beauté d'une forêt, par exemple, était un droit supérieur à celui de la propriété. Parce que la beauté de la montagne, la beauté des rivages, et tout ce qui était naturel, même si vous en étiez propriétaire, vous ne pouviez pas le détruire parce que la beauté est un commun de toute la société. Ça correspond à une évolution des mentalités liée aux départs en vacances et aux voyages, etc...

Donc je dirais c'est la beauté comme nature, la nature comme beauté, la nature comme territoire de promenade, comme rencontre. Et ça, c'est important dans une société où 70% des gens ont un jardin. On a une image de la France où on habiterait tous dans des tours, c'est très utile, les tours, mais la majorité des Français habitent dans des maisons individuelles avec des jardins. Donc ça, c'est la nature beauté, la nature environnement, la nature plaisir etc.

Et puis de l'autre côté, il y a autre chose, c'est qu'on a tellement transformé la nature, mais bien involontairement, qu'elle s'est mise à se réchauffer et que aujourd'hui, c'est la nature qui fait l'histoire, ce n'est plus l'humanité. Ce qui transforme les sociétés, c'est le réchauffement climatique et ce réchauffement climatique, on court derrière pour se protéger, pour voir comment essayer d'en réduire le développement mais pas le supprimer - on n'y arrivera jamais - et comment les sociétés vont évoluer face à ce réchauffement climatique.

Donc la nature est d'un côté, la beauté qu'on aime, les bouquets de fleurs qu'on offre quand on est amoureux, etc. Et de l'autre, elle est cette nature à laquelle on a mis le feu, et qui est en train d'entraîner l'humanité dans une course absolument incroyable. Évidemment, cette course-là nous fait peur parce qu'on ne sait pas si on va la gagner.

Vous le disiez, une majorité de Français vivent aujourd'hui dans une maison, avec jardin. Et il y a cette envie dans les villes malgré tout, d'avoir aussi son petit coin de jardin, ses petites plantes sur son balcon, ces tomates cerises ? 

Ça et puis le fait qu'on va remettre des forêts dans les villes, c'est la seule façon pour baisser la température. Vous savez, un sol qui est nu, en été, il est entre 40 et 60 degrés. Un sol qui a une herbe rase, il est à 25 degrés, et un sol qui a une herbe haute, il est aux environs de 18 degrés, donc avec le même ensoleillement, vous avez presque du simple au triple de chaleur produit par le sol. Pourquoi ? Parce que le tissu végétal, comme on dit, ça protège la vie. C'est pour ça que la ville va planter des arbres. On va aussi planter de l'herbe. Arrêter de tondre les gazons, on va laisser l'herbe pousser, une ville comme Nantes est très en avance là-dessus. ça fait très longtemps qu'ils ne coupent plus l'herbe en été, qu'ils la laissent monter partout sur les ronds-points, dans les jardins, etc...

Et c'est important pour la biodiversité aussi...

C'est important pour la biodiversité, c'est important pour faire baisser la chaleur. Et puis, c'est important pour dire aux humains : on va gagner cette bataille. Il y a des solutions, des micro-solutions : laisser pousser les herbes, planter des arbres, réduire les frais, et puis il y a d'autres solutions : changer l'énergie, modifier les systèmes de production de l'énergie, etc... On est engagé dans une bataille face à la nature où le principal acteur de l'histoire demain, c'est le réchauffement climatique, et l'humanité doit essayer de se reconstruire face à cette chose qui est un événement produit par l'humanité - bien sûr par la période industrielle - mais sur lequel on n'a pas la main pour le moment.

À moyen terme, on peut peut-être réduire le phénomène, mais on est certain que ça va se réchauffer, disons, d'un degré et demi dans les 30 ans. Là, on n'a pas d'espace de négociation. Donc la nature beauté et la nature danger, et la force de l'humanité, ça va être d'être entre les deux. La partie n'est pas gagnée, mais elle n'est pas perdue. 

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