PSG-OM : "Ce sont deux systèmes culturels qui s'affrontent, ce n'est pas négatif d'être passionné, ça crée un commun", Jean Viard

écouter (5min)

Pourquoi est-ce que le match PSG-OM qui se joue ce dimanche 22 avril au Parc des Princes à Paris, déclenche-t-il tant de passions ? C'est la question de société posée au sociologue Jean Viard. 

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Idrissa Gueye (PSG) et Mattéo Guendouzi (OM) vont se retrouver ce dimanche soir, au Parc des Princes à Paris. Ici durant le match de Ligue 1, le 24 octobre 2021 au Stade Vélodrome à Marseille.  (JEAN CATUFFE / DPPI VIA AFP)

Un match de football qui va se jouer ce soir, PSG-OM et qui déclenche tant de passions, pourquoi ? Décryptage avec le sociologue Jean Viard, directeur de recherche au CNRS, qui connaît d'ailleurs très bien Marseille. Une ville sur laquelle il a beaucoup travaillé.  PSG-OM : en tant que match pas comme les autres, c'est une construction, on peut le rappeler, assez "marketing" à l'époque, entre Canal+ et Bernard Tapie, pour en faire un moment important de la saison. Les vrais classiques, c'était plutôt Bordeaux-Marseille, Lyon-Saint-Étienne.

franceinfo : Comment expliquer que finalement, cet antagonisme se soit si vite et si profondément installé ? 

Jean Viard : C'est assez logique, parce qu'au ce sont deux systèmes urbains complètement différents. Paris, c'est une ville haut de gamme, c'est une ville bourgeoise, de haute administration, etc. Un niveau de revenus aisés, une ville relativement bourgeoise au fond pour le dire simplement. Marseille, c'est pas ça. Marseille est un grand port. C'est une ville de métissage, de mélange qui peut à la fois voter pour l'extrême-droite et en même temps, par exemple, quand vous allez aux match à l'OM, il y a beaucoup de gens qui viennent d'Algérie, d'Afrique, etc. C'est assez marrant.

C'est un public très mélangé, mais il y a beaucoup de femmes. C'est important, les femmes, ça veut dire que c'est assez calme, l'ambiance. Après, c'est vrai que bon, il y a eu une centaine de matchs, le PSG en a gagné 46, l'OM en a gagné 34, c'est vrai en même temps que ce n'est pas les mêmes machines. Le PSG, c'est 600 millions de budget et même un peu plus. C'est aussi une énorme machine avec des joueurs extrêmement chers.

Marseille, c'est un match, un truc beaucoup plus populaire. Le public a un rôle central à Marseille. Bernard Tapie, qui a construit, qui a amené vers la Coupe d'Europe, ce n'est pas du tout le même rapport entre les deux villes, je pense. Après, chacun a ses clubs et ses préférences.

Mais Marseille, ce qui est amusant avec le président actuel, Frank McCourt, qui est américain, c'est un homme qui possède des clubs de sport aux États-Unis. Et il a acheté l'OM parce que son père, en 1945, était l'un des soldats américains qui ont débarqué pour libérer Marseille. Et dans son imaginaire, Marseille, c'était le lieu de son père. C'était une forme de fidélité familiale. C'est la raison qui l'a fait investir.

A priori, c'est complètement différent du Qatar, qui a investi sur le PSG, qui est une stratégie sportive, bien sûr, mais aussi quand même de très grande communication. Le Qatar a fait du sport, sa carte de visite principale. Ce sont deux logiques complètement différentes. Mais pensez à l'Espagne, à Barcelone et Madrid, on a monté le même système puisque Barcelone, c'est un club populaire. Le club est propriété des Barcelonais.

Chacun a ses petites actions alors que Madrid, c'est pas du tout le même système et c'est un peu le même type d'affrontements. C'est la ville port, plus brassée, plus ouverte sur le monde; et puis la capitale de la terre, plus rigide, je dirais, Madrid, ce sont deux systèmes culturels, très beaux tous les deux, je ne fais pas de hiérarchie de valeur, ce sont deux systèmes culturels qui s'affrontent avec des blocages qui font que nos supporters, bon, on a intérêt à les séparer. 

Et qu'est-ce que vous pensez, justement, de cette rivalité sportive ? C'est sain d'avoir des rivalités qui s'expriment dans le sport comme ça entre des territoires ? 

Sur le fond, je préfère les affrontements sportifs aux affrontements militaires. il y a dans le sport une dimension de concurrence nationale ou urbaine. Ça les vide, ça leur permet de s'exprimer, c'est bien. Et puis, ce sont des lieux de passion, donc la passion et la violence sont souvent assez proches, etc.

Après, c'est à la fois une mise en scène, bien sûr, mais ça renvoie à quelque chose de réel. C'est qu'effectivement, la France est à la fois méditerranéenne et du Centre, et du Nord, don celle est des deux côtés, ce sont deux systèmes différents et ça éclaire ça. Pour intéresser le jeu, il faut mettre en scène les concurrences. Ça intéresse le jeu, ça cristallise les populations. Ce n'est pas négatif d'être cristallisé, d'être passionné. Ça crée un commun.

Vous savez à Marseille, il y a plus de gens qui vont au théâtre qu'au stade... Faut pas non plus croire qu'on ne pense qu'à taper dans un ballon. Je dis ça pour relativiser un peu, mais en même temps, même ceux qui ne sont pas allés aux matchs, on est très curieux de savoir le résultat. On discute, ils ont gagné, etc. Donc c'est très identitaire, Marseille, c'est incontestable.

Je pense que le PSG, ça doit pas être très différent à Paris, peut-être un peu moins populaire, forcément, les codes sociaux ne sont pas exactement les mêmes. Mais au fond, que l'on fasse des communautés, qu'on ait des projets partagés parce qu'on habite ensemble. Je pense que c'est ça qui construit les sociétés. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.