Le succès du camping-car : "C'est un mouvement profond de rattrapage des frustrations du passé, il y a toute une sociabilité du camping-car"

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2022, l'année du camping-car ? Les affaires ont été bonnes en tout cas pour les professionnels du camping-car. Ventes neuves, d'occasions ou locations. On va dépasser des records. 

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Radio France
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Le camping-car, c'est voyager moins cher, en famille, à deux, et souvent pour les couples qui partent à la retraite.  (ROMONA ROBBINS PHOTOGRAPHY / IMAGE SOURCE / GETTY IMAGES)

Il y a eu un véritable engouement cet été, pour le camping-car, d'après les professionnels du secteur. On va dépasser des records en 2022. C'est ce qui se dit en ce moment, au 56e Salon des véhicules de loisirs qui commence samedi 24 septembre, au Parc des expositions du Bourget. Tourisme et mobilité, c'est le thème du jour avec le sociologue Jean Viard, directeur de recherche au CNRS.

franceinfo : Vous travaillez beaucoup sur ces questions de tourisme et de mobilité, comment expliquez-vous le succès du camping-car ? 

Jean Viard : Cette année, c'est une année où on recherche tous le bonheur. On est parti en vacances, on a acheté des maisons à la campagne, après avoir été enfermé, on a besoin d'air. Donc c'est normal que le camping-car en profite aussi. C'est un mouvement profond de rattrapage des frustrations du passé.

Mais après, ce qui est caractéristique en France, c'est qu'il y a beaucoup de camping-cars, presque 600 000, un peu moins. Je le mettrai en parallèle avec deux choses. D'un côté, c'est une société de la résidence secondaire. Un camping-car, c'est moins cher qu'une résidence secondaire : ça vaut neuf, entre 60 000 et 100 000  euros. Mais si vous achetez une résidence secondaire, c'est entre 200 000 et 400 000 en gros. Donc, ça veut dire que vous pouvez aller 15 jours au ski, vous laissez votre camping garé, puis après vous allez 15 jours à la mer et puis, vous vous promenez entre les deux. ça correspond à mon avis à cette culture.

Il y a une deuxième chose : la France est l'un des pays où il y a le plus de camping-cars, parce qu'en 2012 en France, on avait décidé que les gitans français n'avaient pas droit à l'allocation logement. Et donc la CAF a créé une ligne spéciale de financement des caravanes, avec la camionnette blanche qui est devant. Quand vous voyez un camp de gitans, aujourd'hui, ils ont de très belles caravanes financées par les CAF. D'abord, ça a favorisé le marché parce que c'est payé directement aux fabricants. Et puis après, dans les camping-cars, il y a des gens différents, notamment beaucoup de jeunes retraités. Les jeunes, ils sont restés sur le modèle qu'on avait en 1968, le combi Volkswagen, c'était plus chic que la 2CV.

Concernant les prix, on trouve des véhicules neufs à partir de 60/70 000 euros. Même les entrées de gamme, on est toujours autour de 50 000 euros. Est-ce que cela n'empêche pas pour autant le camping-car d'être un objet populaire ? Ou alors quand même, c'est populaire, classe supérieure ? 

D'abord, il y a beaucoup d'occasions, parce que finalement, ça roule pas tellement un camping-car, parce que les gens vont pas en Chine avec. Donc c'est juste ou c'est un peu comme une voiture décapotable, quand vous en achetez, elles ont très peu roulé, donc elles ne sont pas tellement usées. Il y a des modes dans les camping-cars, il y a des concentrations de camping-cars. Par exemple, sur l'Aubrac, il y a une concentration près de Nasbinals, pour le départ des transhumances. Aussi en Bretagne, près des ports de pêche. Il y a toute une sociabilité du camping-car.

Donc, il y a un gros marché de l'occasion qui est le plus populaire. C'est une façon de voyager pour pas cher, quand on se met à être à la retraite. Ou alors on rêve qu'une fois à la retraite, on va beaucoup voyager, c'est cette représentation : comment on va vivre sa retraite. Après, c'est une liberté qui est de plus en plus contrôlée. Souvent, les camping-cars sont garés relativement loin des plus beaux endroits. Il y a beaucoup de camping-cars qui ont des vélos à l'arrière. Il y en a même qui tirent des voitures, parce que le camping-car ne va pas jusqu'à la destination, il faut qu'il se gare à des endroits pour l'eau, pour l'électricité. Donc il a des parkings de plus en plus spécialisés qui le mettent un peu à distance.

Et ça fait partie des aventures possibles, quand on prend sa retraite en couple. Parce qu'un camping-car, c'est un couple, c'est beaucoup des couples. Donc je pense qu'il y a du populaire, même si le cœur du produit est quand même dans les couches moyennes et supérieures de la population. 

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