"En Belgique, tout étudiant a le droit de travailler pour 4 000 euros déclarés, et pas de charges sociales pour le patron", Jean Viard

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Retour pour les étudiants, sur les bancs des amphitéâtres universitaires. Ils connaissent, pour beaucoup, une certaine précarité. La France est très en retard sur la question du logement étudiant et de leur revenu, souligne le sociologue Jean Viard. 

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"Les étudiants ont l'impression que les universités sont sous-dotées, ce qui est assez vrai, par rapport aux grandes écoles", selon Jean Viard. (Illustration)  (GETTY IMAGES / PHOTOALTO)

En ce moment, certains étudiants ont déjà commencé les cours, parfois même depuis plusieurs semaines, et d'autres ne les débuteront que demain dans certaines grandes universités, à Paris notamment. Avec plus que jamais la question de la précarité étudiante soulevée par les associations, et notamment celle du logement. C'est le thème du jour avec le sociologue Jean Viard, directeur de recherche au CNRS.

Cette année, notent les associations, il a été particulièrement difficile pour les étudiants de trouver un logement. Le marché était très tendu et puis surtout, c'est plus cher. C'est de loin encore le premier poste de dépenses. Les aides du gouvernement à la rentrée ont été augmentées, les bourses et puis les aides au logement. Pas de manière suffisante, d'après les associations. Du reste, cette précarité étudiante est un enjeu majeur, notamment pour ce qui est du logement.

franceinfo : Est-il possible d'améliorer les choses, d'aller plus loin avec des politiques publiques par exemple ?

Jean Viard : Il ne faut pas non plus généraliser. un gamin de Paris qui fait des études à Paris, il n'est pas forcément en immense difficulté. Moi, je pense qu'il faut séparer le logement et la question du revenu étudiant, parce que tout le monde a droit à un logement. Je pense qu'on n'a pas été bon. Depuis longtemps je pense que les départements des missions des étudiants devraient construire des cités U pour leurs étudiants, et un département où n'y a pas de fac, les Alpes de Haute-Provence, la Lozère, etc, il serait tout à fait normal qu'il y ait une cité universitaire à côté de la ville la plus proche, pour faire de l'hébergemen étudiant.

On n'a pas eu des politiques suffisamment dynamiques. Si on élève un enfant dans un territoire, il est normal après, de lui permettre d'aller faire des études, et de compenser l'avantage de l'enfant né dans la ville qui, lui, continue à aller dormir chez ses parents.

Donc je pense que les départements pourraient faire du travail, les régions aussi.  Chaque fois que je vais à la Cité internationale à Paris, je me dis quand est-ce que de l'autre côté, il y aura une cité des régions ? Parce qu'il y a énormément de jeunes des régions qui finissent leurs études à Paris. 

La Cité internationale, c'est cet endroit à Paris, avec un bâtiment par pays en quelque sorte, les pays qui étaient volontaires pour participer à cette initiative ou sont accueillis des étudiants étrangers...

Des étudiants du monde entier. Il y aurait une cité des régions, ce serait très important parce que la France étant ce qu'elle est, une grande partie des étudiants qui veulent faire des études longues, passent à un moment par Paris. C'est aussi une façon  de créer des fidélités entre la jeunesse et les territoires d'origine. Là, je pense qu'on n'a pas été bon du tout. Et puis après, il y a une autre question : combien ça gagne un étudiant ? Disons qu'un étudiant dépense entre 600 et 1 000 euros par mois. Une fois logé, c'est à peu près ce qu'il lui faut.

Là encore, moi je suis très fasciné par le modèle belge. En Belgique, tout étudiant a le droit de travailler pour 4 000 euros avec zéro charges sociales, mais déclarés. Donc si un accident arrive, vous êtes couvert. Mais pour le patron, c'est zéro charges sociales. Le but, c'est d'apprendre aux jeunes des métiers de service, des métiers de soins, et en même temps, de les protéger en cas d'accident. C'est une très bonne mesure, c'est très bien qu'un étudiant travaille un peu.

C'est quelque chose à réfléchir, le modèle belge est intéressant, notamment en ce moment, on ne trouve plus de serveurs etc., ce sont des boulots que faisaient les étudiants. Il y a une vraie réflexion à avoir pour mettre le travail au milieu des études, à toutes petites doses.

Et les moyens de l'université ? Les directeurs d'établissement s'inquiètent parce qu'ils doivent compenser des coûts, notamment avec la hausse de l'énergie, et du chauffage. Est-ce que les universités françaises sont assez bien dotées ?

Les étudiants sont de plus en plus nombreux. Le budget a augmenté de 30% sur 30 ans. Mais en même temps, comme il y a de plus en plus d'étudiants, par étudiant, il a diminué. Donc les étudiants ont l'impression que les universités sont sous-dotées, ce qui est assez vrai, on a quand même surdoté les grandes écoles.

L'écart est presque de 50% entre le financement d'un étudiant universitaire classique, et puis une grande école. C'est un vrai sujet. C'est assez spécifique à la France, puisque les grandes écoles sont un peu en dehors de l'université. Vous allez aux États-Unis, les universités sont le cœur du modèle éducatif, y compris d'ailleurs du modèle politique. 

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