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Crise du logement : "Il y a quatre millions de résidences secondaires en France, le pays au monde qui en a le plus par habitant", souligne Jean Viard

Les vacances commencent et on va voir les volets des résidences secondaires s'ouvrir peu à peu. Cela va apporter une activité économique immédiate dans beaucoup de territoires, mais certains dénoncent aussi les conséquences que cela a sur le marché du logement dans les zones touristiques.

Article rédigé par Jules de Kiss
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min
À Quiberon, le collectif Dispac'h a planté de nombreuses croix avec le nom de villes bretonnes avec leur taux de résidence secondaire, au premier plan, Carnac avec 72%.  (NICOLAS CORBARD / FRANCE TELEVISIONS)

La crise du marché du logement dans les régions touristiques, c'est la question de société du jour avec le sociologue Jean Viard. D'ailleurs, une manifestation a lieu aujourd'hui à Quiberon, en Bretagne, opération "plage morte" pour dénoncer l’inaction des élus locaux face à la part grandissante des résidences secondaires et des locations de courte durée. La crise du logement en Bretagne a atteint des niveaux jamais égalés, d'après le collectif Dispac'h qui organise ce rassemblement. On en est là. 

franceinfo : De fait Jean Viard, dans les zones touristiques, les habitants sont en concurrence avec les touristes, pour ce qui est de se loger ? 

Jean Viard : Alors, il y a deux choses : la Bretagne découvre ce qu'on connaît depuis longtemps sur la Côte d'Azur ; ça fait 20 ans en Provence qu'il y a ce genre de phénomène. Ceci dit, c'est vrai que la grande pandémie a déplacé des dizaines de milliers de familles, qui ont quitté les très grandes villes, le long des voies de chemin de fer, pour travailler dans de petites villes ou dans des villages, à condition qu'il y ait de bons systèmes éducatifs. Et la Bretagne est typique de cela. Donc il y a effectivement des arrivants, une partie d'ailleurs, ce sont des résidences secondaires qui se sont installées là, à l'année, qui vont à Paris ou à Lyon une fois par semaine.

Une autre partie, c'est effectivement des gens qui viennent s'installer, qui font concurrence aux locaux. Après avec cette manifestation, il faut faire attention. Elle est poussée par des gens qui sont assez pour l'autonomie de la Bretagne, ils le disent dans leur texte. Après, moi je connais bien Quiberon. Il y avait des petits villages, y a Quiberon même. Mais le reste, ce n'était pas construit, parce qu'il y a trois villages de pêcheurs. Donc les maisons qui ont été construites ont été construites pour être des résidences secondaires, sinon, il n'y avait pas de maisons. Donc, ils n'ont pas "pris" les maisons des habitants, il faut faire attention aux discours.

Après, il y a effectivement 4 millions de résidences secondaires en France. C'est le pays au monde où il y en a le plus par habitant. Et la plupart de ces résidences secondaires appartiennent à des gens qui habitent dans le centre des très grandes villes, très souvent, pas très loin. Il y a aussi des Parisiens, mais pour beaucoup, ce sont des Bretons qui ont ces maisons. C'est d'ailleurs aussi le cas à l'année dans les campings bretons. Mais la pandémie a renforcé ça, et donc il y a des nouvelles concurrences.

A La Baule par exemple, où il n'y a pas eu de construction de logement social depuis 30 ans, il y a un énorme problème pour que les gens qui travaillent et des gens qui ont des salaires à 1510, 1800 euros puissent se loger, et puis il y a effectivement cette concurrence avec les enfants du pays, donc ça nécessite des politiques souples, ça nécessite de réserver quelques lopins dans les aménagements pour des gosses du coin etc. En Provence, on a un peu appris cette mécanique, mais dans des régions comme la Bretagne, je crois qu'il va falloir s'y mettre aussi.

Les locations touristiques, c'est pointé du doigt. Tout ça, ça fait monter les prix et ça rend bien difficile pour certaines familles le fait de pouvoir trouver où se loger...

C'est absolument évident. Encore une fois, Airbnb quand on respecte les règles, l'idée était géniale, puisque l'idée c'est : quand moi je pars, je loue ma maison et donc je finance mon voyage avec la location. C'était ça à l'origine, et ça ne devrait être que ça. Ce qui est vrai, c'est qu'il y a des gens qui louent des apparts ou qui les possèdent et qui font des Airbnb toute l'année. Il me semble qu'effectivement il faut mettre des inspecteurs, mais c'est aux communes de vérifier, parce effectivement ce n'est pas la loi, mais l'idée de départ était une bonne idée.

Et en plus Airbnb, ça s'adresse aux familles. Le gros problème quand vous circulez avec des enfants, c'est que la plupart des hôtels sont équipés pour des couples. Donc l'idée était excellente. C'est pour ça qu'il ne faut pas la tuer. Mais il y a des gens qui en ont profité, qui ont exagéré, qui chassent l'habitant pour faire des super marges en détournant Airbnb de son projet.

Là ou les résidences secondaires posent un vrai problème, c'est à Paris, où il y a 150.000 résidences secondaires à peu près, et ce sont des appartements qui étaient déjà là. A Paris, les 150.000 résidences secondaires, là, vous chassez l'habitant. A Amsterdam, je crois qu'ils ont interdit les résidences secondaires dans la ville. Moi, ma position, c'est de dire à Paris, il faut remettre en question les résidences secondaires, qu'on les interdise, pour que les gens puissent se loger décemment.

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