Question d'éducation, France info

Refondation de l'école 2014 : "ça passe ou ça casse"

Jour de rentrée pour 10 millions d'élèves, 1 million d'enseignants et de personnels d'éducation et... un ministre. Comment s'annonce 2014 ?

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On pourrait résumer l'enjeu de cette année en une formule un  peu triviale : " ça passe ou ça
casse ". 2013 a en effet été l'année des promesses, reste à les tenir.

Ces promesses, ce sont
celles de la loi d'orientation...

Oui. Une loi qui promet rien moins qu'une refondation de l'école. Mais
elle se contente de poser le cadre en fixant des objectifs et en créant une
demi-douzaine d'instances qui sont désormais chargées de les mettre en musique.
Il y en a pour tous les pans du systèmes : les programmes – ils doivent
être réécrits cette année -, la formation des enseignants – elle se déroule
désormais au sein des nouvelles Espé, les Ecoles supérieures du professorat et
de l'éducation, mais pour l'heure le bilan est plus que mitigé -, le métier
d'enseignant – il est censé être complètement repensé -, le collège doit
également être refondé, des Assises de l'éducation prioritaire sont aussi en
train de formuler des propositions dans toute la France afin de réformer le
fonctionnement des établissements accueillant les publics les plus fragiles,
une stratégie numérique a été annoncée, les dispositifs de repérage et de prise
en charge des élèves dérocheurs ont été revus...

Le tout accompagné par
des créations de postes...

Oui. Promises par François Hollande pendant la campagne
présidentielle. Elles étaient censées ramener au bercail l'électorat enseignant
– comprendre dans le giron du parti socialiste – mais aussi jouer le rôle de
monnaie d'échange avec les syndicats. Le problème c'est que ces derniers en
demandent plus. Dans le secondaire le Snes FSU, largement majoritaire, vient de
lancer une campagne pour réclamer des augmentations ; et dans le primaire
le Snuipp FSU, également majoritaire, demande une refonte du métier .

Il conteste aussi la
mise en œuvre de la réforme des rythmes...

Oui. Une réforme qui pour l'heure ne concerne que 20% des écoles. Les
choses sont loin de se passer mal partout mais l'idée s'est imposée dans
l'opinion que cette réforme était mal mise en œuvre. L'essentiel des problèmes
est donc devant et pas derrière : assurer la généralisation de cette
réforme, et attaquer les places fortes idéologiques et corporatistes que sont
le collège, l'éducation prioritaire, les programmes ou le métier d'enseignant,
des dossiers qui sont tous plus piégés les uns que les autres. Et ce dans un
contexte de montée des revendications syndicales.

Et d'élections...

Et d'élections dont le résultat aura forcément un impact national,
même si le grand jeu consistera comme toujours à rappeler, pour ce qui est des municipales, le caractère local du scrutin ou à insister sur le côté défouloir
que revêtent souvent les Européennes. Vincent Peillon a d'ailleurs pris le
risque de brouiller un peu plus les cartes en annonçant qu'il se présentait à
ses élections. Cela nourrit l'hypothèse d'un départ au prochain remaniement,
hypothèse qui court depuis plusieurs mois.

D'où cette idée que
" ça passe ou ça casse ".

Oui, mais une idée qui n'est pas forcément vécue de la même façon à
l'Education nationale et à l'Elysée. Ça passe, côté Education nationale, cela
signifie que les réformes se font, petit à petit, que la loi d'orientation
n'est pas vidée de ses intentions, que les premiers résultats commencent à se
voir dans deux ou trois ans, pour la prochaine grande échéance électorale. Mais
cela peut se faire au prix de tensions avec le monde enseignant, des tensions
dont l'Elysée ne veut pas  - rappelons la
spectaculaire volte-face sur la réforme de la rémunération des professeurs de
classes préparatoires, juste avant les vacances. Entre la volonté de refonder
l'école et l'angoisse de perdre à nouveau l'électorat enseignant, le choix a
déjà été fait.

Toute la question est
donc de savoir si on peut vraiment changer les choses sans rompre avec ce monde
enseignant...

Exactement. Un
monde enseignant pluriel qui même à gauche ne partage pas la même doctrine en
matière d'éducation. La tradition élitiste républicaine est aussi vivace que la
tendance plus intégratrice ; on trouve autant de défenseurs des notes et
des classements que de défenseurs de formes d'enseignement et d'évaluation
moins stressantes, le cas échéant moins humiliantes ; c'est un peu pour le
dire simplement le vieux clivage entre instruction et éducation, qui ne
recouvre pas un clivage droite-gauche mais scinde chacun des camps ; et ce
clivage nous allons les retrouver sur tous les dossiers que j'ai mentionnés –
le collège, les programmes, le métier d'enseignant, etc.

Et les parents dans tout ça, ils ne peuvent pas
peser ?

D'abord il est toujours très
délicat de jouer les parents contre les enseignants – certains s'y sont essayés
sans succès notamment à droite ; ensuite ils sont parcourus, les parents,
par les mêmes contradictions. Raison pour laquelle notre système pourtant très
inégalitaire perdure au fil des ans. Il fait l'objet d'un consensus social
extrêmement difficile à bousculer. Et la gauche de gouvernement a toujours eu
plus à perdre que la droite en s'y attaquant, raison pour laquelle elle n'a pas
forcément mieux réussi, alors même que l'école vote majoritairement à gauche.

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