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Que changera la loi Peillon ?

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Semaine chargée pour Vincent Peillon, le ministre de l'Education nationale, qui dévoile cet après-midi son plan pour le numérique à l'école et présente demain au Conseil supérieur de l'éducation son projet de loi d'orientation et de programmation...
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Radio France
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Cette fameuse loi destinée à " refonder " l'école, est-elle vraiment révolutionnaire ?

Tout dépend de l'échelle de temps que vous choisissez.

Si vous regardez ce qui s'est passé depuis 10 ans, oui, il y
a rupture et elle est nette.

Sur trois dossiers essentiels. D'abord les postes. La droite
en avait supprimé 80.000 en ne remplaçant pas tous les enseignants partant à la
retraite. La gauche va non seulement remplacer tous les départs à la retraite
mais elle va en plus recréer l'essentiel des postes supprimés – 60.000 sur cinq
ans. Et le tout dans le cadre d'une loi de programmation c'est-à-dire avec un
engagement sur plusieurs années. C'est du jamais vu depuis l'an 2000.

Deuxième dossier : la formation des
enseignants.

Oui. Quasi réduite à néant par Nicolas Sarkozy pour faire
des économies. Elle sera rétablie au sein des Ecoles supérieures du professorat
et de l'éducation, qui vont remplacer les Instituts universitaires de formation
des maîtres. C'est une deuxième rupture importante.

Troisième dossier, celui des rythmes scolaires. Là aussi une
décision prise dans l'urgence à l'époque, celle de privilégier la semaine de
quatre jours. On devrait revenir sur deux ans à la semaine de 4 jours et demi.

Donc une vraie " refondation ".

Oui. En tout cas une " refondation-réparation ". Comme
si la maison Education avait été cassée, abimée ; on prend la truelle et
on retape. Maintenant ne regardons pas 10 ans mais 30 ans en arrière et
revenons aux politiques menées par les gouvernements de gauche depuis 1981. Là,
la rupture est nettement moins évidente. On est plus dans une logique de " restauration "
de principes, de dispositifs, d'idées qui avaient déjà été mises en œuvre.

Exemples ?

Exemple l'éducation prioritaire, principe datant de 1981.

Beaucoup d'exemples datent de 1989 et de la loi Jospin :
l'objectif des 80% au niveau bac, la formation des enseignants (à l'époque dans
les IUFM), la création d'un conseil pour s'occuper des programmes.

Il y en a aussi pour les années Jack Lang – 2000-2002 avec un conseil pour évaluer le
système, les langues vivantes dès le CP ou les parcours artistiques et
culturels.

Donc finalement c'est une loi qui recycle...

Pour l'essentiel. Et y compris des idées qui ont montré
leurs limites pour diverses raisons, mais il y a la conviction que " cette
fois, on saura faire " et que les obstacles seront vaincus. Exemple la
liaison CM2-6e, cela fait des années qu'on en parle, eh bien on va créer un
conseil commun en se disant que c'est ce qui manque pour que ça marche.

Reprenons notre machine à remonter le temps et regardons
maintenant à 60 ans, et là on voit une loi qui est dans la continuité des
politiques menées depuis l'après-guerre.

Droite et gauche confondues, donc...

Oui.

Le collège unique, dont le principe est réaffirmé par
Vincent Peillon, c'est la droite avec les réformes Berthoin et Haby en 1959 et

  1. Le socle commun de connaissances et de compétence c'est la loi Fillon de
  2. En creusant on trouve d'ailleurs des dispositifs mis en place sous le
    quinquennat écoulé et qui ne seront pas remis en cause. Il y a une grande
    respiration de l'école qui a conduit les gouvernements successifs depuis 1945 à
    conduire finalement le même genre de politique, celle qui s'efforce de mener le
    plus grand nombre d'élèves possible au niveau le plus élevé possible. La loi
    Peillon ne fera pas exception. 

Vous avez emprunté la machine à remonter le temps. Et si on
joue à " Retour vers le futur " : quels effets produira cette
loi et à quelle échéance ?

Peu d'effets à court terme. D'abord parce qu'il ne sera pas
simple de réparer : voyez les rythmes scolaires, on parle simplement de
revenir à ce qui se faisait jusqu'en 2008, eh bien c'est compliqué. Idem du
recrutement des enseignants : le vivier de candidat est désespérément sec
et il faudra du temps pour le reconstituer.

En outre Vincent Peillon insiste beaucoup sur l'importance
de la pédagogie, des pratiques, or elles n'évoluent pas d'un claquement de
doigts. Il sait aussi que les mentalités doivent changer pour que le
redoublement diminue ou pour qu'on passe à un système de notation moins
humiliant. Pour desserrer un peu la pression élitiste qui pèse sur le système,
ce qui est un de ses objectifs, il ne suffira pas de décréter, d'autant qu'une
partie de la gauche elle-même y est attachée. C'est peut-être finalement la
principale ambition de ce projet, imaginer qu'on peut enclencher un mouvement
pour changer des comportements, et pour les changer en profondeur.

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