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Prévention de l'illettrisme : l'école en première ligne

2.5 millions de personnes âgées de 18 à 65 ans sont aujourd'hui en situation d'illettrisme. Un phénomène qui ne concerne donc pas seulement l'école, mais elle est en première ligne. Georges Pau Langevin, ministre déléguée à la réussite éducative, vient de le rappeler en présentant un Cadre national de principes et d'actions pour prévenir l'illettrisme... Un mot d'abord pour définir les termes...

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      Oui, car on confond parfois
analphabétisme et illettrisme.

Analphabétisme : ne jamais
avoir appris à lire. Ne pas savoir déchiffrer. Comme nous quand on est dans un
pays qui utilise un autre alphabet.

Illettrisme : ne pas
comprendre, ne pas savoir utiliser ce qu'on lit. Comme quand vous lisez un
travail de recherche en physique quantique. Vous direz les mots, vous n'y
comprendrez rien.

Donc on peut avoir été à l'école
et être en situation d'illettrisme.

Oui. Quelque part on l'est tous
sur les sujets auxquels on ne comprend rien. Mais là on parle de l'incapacité à
s'emparer de textes relativement simples, on parle d'une situation qui vous
handicape dans la vie de tous les jours. Je vous donne la définition que
propose l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme : " Être illettré c'est ne pas disposer, après avoir été
pourtant scolarisé, des compétences de base (lecture, écriture, calcul)
suffisantes pour faire face de manière autonome à des
situations courantes de la vie quotidienne : faire une liste de
courses, lire une notice de médicament ou une consigne de sécurité, rédiger un
chèque, utiliser un appareil, lire le carnet scolaire de son enfant, entrer
dans la lecture d'un livre, retirer de l'argent à un distributeur automatique,
faire un calcul simple, lire un trajet de métro ou de bus ".

L'illettrisme est donc très liés
aux exigences de la vie sociale et professionnelle...

Oui. Mot inventé en 1979, par ATD
Quart Monde. Avant vous pouviez vous débrouiller avec des compétences très
basiques. Il y avait des dizaines de métiers qui n'exigeaient pas de maîtriser
la langue écrite. Aujourd'hui ça n'existe quasiment plus. Résultat, on estime que
7 % de la population
adulte âgée de 18 à 65 ans ayant été scolarisée en France est en
situation d'illettrisme, soit 2 500 000 personnes.

L'illettrisme a des formes très
variées.

Oui. Il n'y a pas d'âge pour être
illettré, d'où aussi le lien avec la formation pour adultes. La moitié des
personnes en situation d'illettrisme a plus de 45 ans.

Le
taux d'illettrisme est même plus fort pour les groupes d'âge les plus élevés. Un
test analysé par l'Insee a montré qu' en compréhension orale, seulement 11 %
des moins de 30 ans ont réussi moins de 60 % des exercices proposés contre 17 %
des 50-59 ans et 24 % des 60-65 ans. Les plus jeunes ont également de meilleurs
résultats à l'écrit indique l'Insee.

Une majorité d'adultes parmi les personnes illettrées. Cela
touche donc le monde du travail...

Oui et c'est un point important :
plus de la moitié exerce une activité professionnelle. La lutte contre
l'illettrisme touche donc de très près le monde du travail et de l'entreprise.

Autre idée reçue : il ne
concerne pas majoritairement les personnes issues de l'immigration. 71 % d'entre elles parlaient
uniquement le français à la maison à l'âge de 5 ans. " Attention
aux idées reçues qui assimilent illettrisme et immigration. " prévient l'Agence
de lutte contre l'illettrisme. Ce n'est pas non plus un phénomène qui serait
réservé aux zones urbaines les plus fragiles. La moitié des personnes
concernées en situation d'illettrisme vivent dans des zones rurales ou faiblement peuplées.

En outre le problème peut venir
de différents facteurs – fonctionnels, culturels, sociaux... - et sa résolution
implique donc la participation de plusieurs institutions. Donc l'école en
général est en première ligne, et la maternelle en particulier, mais elle n'est
pas la seule.

C'est donc un problème de société,
qui touche plus les adultes. Pourtant, Georges Pau Langevin l'a redit :
" la
prévention de l'illettrisme est au cœur des missions de l'éducation nationale "

Oui et la formulation n'est pas
neutre. La prévention de l'illettrisme. La philosophie qui est derrière c'est
de ne pas enfermer les élèves, avant l'âge de 16 ans, ne pas stigmatiser. Vous
avez aussi le cas des élèves venus de l'étranger, qui lisent et écrivent leur
langue mais pas le français. Ils ne sont pas illettrés, ils doivent apprendre
le français.

Alors que prévoit ce cadre national
de principes et d'actions ?

D'abord
de travailler les moments de transition. Entrée à l'école maternelle, entrée en
élémentaire, entrée en sixième, entrée en lycée professionnel ou en
apprentissage, sorties du système scolaire sans qualification. Dès qu'un
problème est identifié, dès qu'un décrochage se produit il faut agir. C'est une
clé de la réussite. Et il faut aussi assurer le suivi, quand un élève a une fragilité.
Ensuite impliquer les parents et la famille dans son ensemble. Le problème se
pose généralement dans ce cadre. Informer ces familles mais aussi les mettre en
confiance – certaines n'ont pas un rapport évident avec l'école. Enfin fédérer
toutes les énergies. L'Etat, les collectivités, l'éducation populaire, les
associations comme Lire et faire lire, et puis évidemment l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI), qui
coordonne les actions.

Cette question de l'illettrisme
revient en boucle depuis des années... C'est un peu le tonneau des Danaïdes...

Oui. Mais l'action et notamment l'action
de l'école n'est pas inutile. Le taux général a baissé en 10 ans, de 9% à 7% et
on l'a dit le phénomène touche moins les jeunes. C'est un effet assez clair de
la massification du système éducatif – le fait qu'un nombre toujours plus élevé
de jeunes atteint un niveau d'études toujours plus élevé.

 

 

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