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Education : la révolution numérique sera pédagogique ou ne sera pas

La mesure était annoncée, elle officielle depuis hier : il existe désormais  une direction du numérique au ministère de l'Education nationale. Objectif : faire entrer l'école dans l'ère numérique.

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Pour
faire bouger les choses à l'Education nationale, il faut trois ingrédients :
la volonté politique, le cadre administratif et beaucoup de pédagogie.

La nouveauté du jour, c'est ce cadre
administratif.

Oui,
avec cette nouvelle direction, confiée à l'inspectrice générale Catherine Becchetti-Bizot, personnalité
reconnue en ce domaine. Sur son agenda : traiter les enjeux
pédagogiques du numérique, favoriser le développement de nouveaux contenus et
services en ligne de qualité, améliorer les infrastructures et se soucier des
conditions techniques et de sécurité permettant la réussite des projets. Le
ministère va également se doter d'un incubateur, le Numérilab', afin de mutualiser les bonnes pratiques et de les diffuser.

Car
ces pratiques existent déjà...

Oui.
L'Education nationale met déjà un certain nombre de ressources à leur
disposition : D'Col, un
service d'accompagnement interactif personnalisé pour les élèves de 6ème de l'éducation prioritaire ; English for schools, une offre
d'exercices et de vidéos pédagogiques pour
les 8-11 ans ; il y a aussi ÉduThèque,
portail destiné aux enseignants qui permet d'accéder gratuitement à des
ressources proposées par les grands établissements publics scientifiques et
culturels pour un usage pédagogique. Et
puis les enseignants n'ont pas attendu la création de cette direction pour
utiliser le numérique, mais ils le font jusque-là en ordre dispersé et surtout
dans des conditions très hétérogène. L'accompagnement par l'administration est
très inégal – ici on encouragera les projets, là on leur mettra des bâtons dans
les roues. Si bien que nombre des initiatives les plus significatives ont été
portées par des collectifs d'enseignants, par des associations, en marge des
structures officielles.

En matière de numérique pourtant, la volonté
politique est là.

Oui.
Vincent Peillon en a souvent parlé, par exemple dans cet entretien au Café pédagogique. Il souhaite – je cite – " soutenir les initiatives
de terrain, aider les professeurs à mutualiser leurs pratiques, à bousculer les
cloisons entre disciplines, entre corps, entre école et collège. Il faut leur
donner les moyens, au-delà des injonctions, de travailler ensemble, de renforcer
les liens entre eux, de donner une consistance aux équipes éducatives."

A écouter cette citation, le problème tient plus aux
façons de travailler qu'à l'aspect technologique...

Oui.
Numérique est bien souvent synonyme de " pédagogique ". Et d'ailleurs
Catherine Beccheti-Bizot a déjà eu l'occasion de le dire. Elle aime à répéter
que "C'est dans les classes que cela se passe", qu'il faut encourager
dit-elle "l'innovation qui vient du terrain" afin de développer "des projets plus vastes". " À nous de mettre en place le contexte
favorable à l'expérimentation de solutions nouvelles, par les équipes
éducatives, et de les rendre visibles ", c'est ce qu'elle expliquait en
novembre dernier dans un entretien à 20 minutes.

Concrètement, quelles sont les technologies qu'on peut
aujourd'hui utiliser dans une classe ?

Vous en avez
un bon échantillon dans la classe immersive de Microsoft, à
Issy-les-Moulineaux. C'est une salle comme les autres, d'une cinquantaine de
mètres carrés. Pas de tables et de chaises mais des cubes de couleurs mobiles
pour pouvoir s'asseoir dans différentes configurations. Ceci étant le jour où j'ai
assisté à une séance, personne ou presque ne s'est assis : les enfants
étaient en petits groupes et allaient d'activités en activité pour découvrir le
cycle de l'eau. Il y avait des tableaux interactifs et aussi un sol interactif –
il fallait reproduire ce cycle en marchant selon un itinéraire donné ; des
grandes tables tactiles, sortes de tablettes géantes, permettaient de passer
des quizz, il y a aussi de la 3D. Donc les outils existent, ils sont fonctionnels.
Mais leur usage réclame en amont tout un travail de préparation de la part des
enseignants.

Tous ne sont pas acquis au numérique. Comment peut-on
les convaincre ?

Eh bien j'ai
posé la question à l'enseignante qui accompagnait cette classe de l'école St
Jean de Passy ; elle m'a désigné ses élèves et m'a simplement dit : "regardez-les ".
de fait, tous étaient au travail, et pourtant quand on leur a demandé "à
la fin si ils avaient eu l''impression de jouer ou de travailler les deux tiers
ont répondu " de jouer
 ". Question suivante : "et
avez-vous eu l'impression d'apprendre des choses
?". Là tous ont répondu
oui. Et c'est quelque chose qui revient dans toutes les études nationales et internationales
sur l'usage du numérique : quand il est bien conduit, il renforce le
plaisir d'apprendre.

Il renforce le plaisir, mais est-ce qu'il améliore les
apprentissages ?

Là les
résultats des études sont plus hétérogènes. En fait ça fonctionne quand ça
modifie le rapport entre enseignants et élèves. C'est pour cela que je vous
disais que " numérique " rime avec " pédagogique ".

Donc finalement la priorité de cette nouvelle direction
du numérique sera autant du côté pédagogique que du côté technologique.

Oui, autant
voire plus. Et c'est là que les choses risquent de se compliquer. Catherine Beccheti-Bizot
le sait. Je la cite de nouveau : " Le numérique fait évoluer la
pédagogie mais les outils ne font rien seuls. C'est la manière dont les
enseignants se les approprient et les inscrivent dans un bon projet pédagogique
qui fera l'efficacité de l'outil et permettra de nouvelles possibilités dans le
cours. Quoi qu'il en soit, on remarque que le numérique permet un renforcement
de la relation pédagogique avec les élèves ". Or la pédagogie c'est ce qu'il
y a de plus compliqué à faire évoluer, notamment parce que la formation
continue des enseignants est très insuffisante, et parce que le fonctionnement
hiérarchique et tubulaire de l'Education nationale ne se prête pas du tout à la
diffusion de l'innovation.

 

 

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