Profession : reporter. Haïti : une terre qui tremble et le monde qui regarde ailleurs

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C'est comme si humanitaires et journalistes ne pouvaient pas être sur deux fronts à la fois. Alors que la terre tremble à Haïti le 14 août, les talibans avancent au même moment sur Kaboul. Et les attentions se fixent sur l'Afghanistan. 

Article rédigé par
Eric Valmir - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Haïti. Un enfant dans un camp de réfugiés des Cayes. (BORIS LOUMAGNE / RADIO FRANCE)

Boris Loumagne, grand reporter à franceinfo, est un des rares journalistes à s'être rendu à Haïti, sur les lieux de l'épicentre du séisme, quelques jours après le 14 août dernier. Un bilan dont le provisoire s'éternise :  2 200 morts, 12 000 blessés et un million de personnes qui souffriront d'une famine sévère cet hiver. Cette prévision alarmiste est publiée ce week-end  par la FAO.

Risque immédiat d'insécurité alimentaire sévère cet hiver

Le tremblement de terre, 7,2 de magnitude, dans le sud-est du pays dans les environs des Cayes, a détruit la production agricole et tout ce qui organise la distribution alimentaire. Des infrastructures comme les routes, les hangars de stockage, les marchés. Dans un document de synthèse publié par la FAO et rédigé par des agences de l'ONU et des ONG internationales, près d'un million de personnes "devraient se trouver en situation d'insécurité alimentaire sévère (phase 3 ou plus sur une échelle de 5) entre septembre et février 2022, dont 320 000 en phase 4 (urgence)". 

L'urgence humanitaire est aussi agricole. Besoin de semences, de matériel, de cheptel. Réparer les infrastructures détruites ou détériorées. La FAO estime à 20 millions le coût d'une aide qui pourraient relancer 32 0000 familles rurales autour du rétablissement des infrastructures. 

Une grand-mère et sa petite fille dans un abri de fortune après avoir perdu leur maison.  (BORIS LOUMAGNE / RADIO FRANCE)

Mais le principal chantier reste celui de la reconstruction. Les maisons fragilisées continuent de s'écrouler, encore aujourd'hui, sans qu'il y ait de répliques. Et la question de "comment reconstruire" est au coeur des conversations : tôles et matières légères vulnérables face aux ouragans OU maisons en dur qui ensevelissent des familles entières quand la terre tremble ? Et qui paye ? 53 000 maisons entièrement détruites, près de 20% des écoles rasées.

Démunis, les Haïtiens attendent : plus de travail, ni de toit

Plutôt bien coordonnées, les quelques ONG ne sont pas assez nombreuses et les journalistes qui pourraient raconter ce qui se joue ici ont les regards tournés vers l'Afghanistan. Ce qui surprend Boris Loumagne, grand reporter à franceinfo, quand il atterrit à Port-au-Prince, en fait l'image qu'il retient est celle de ces Haïtiens qui ne font rien et qui attendent. Ils n'ont plus de travail, plus de toit, pas de matériau pour reconstruire soi même. Il n'y a rien à faire. Il faut attendre et tenter d'avoir une place dans un camp de réfugiés, insalubre, et bénéficier d'une assiette du programme alimentaire mondial. 

Le reportage de Boris Loumagne publié le 20 août sur franceinfo.

Haïti. Un homme devant sa maison détruite après le séisme du 14 août dernier. (BORIS LOUMAGNE / RADIO FRANCE)

Il a fallu 20 heures de route à Boris Loumagne pour regagner la zone de l'épicendre. Les secouristes doivent aller dans les zones rurales les plus reculées à dos de mulet. Les infrastructures de santé sont défaillantes : trois médecins pour 10 000 habitants, six fois moins que dans la République dominicaine voisine. L’Etat, en faillite, est affaibli par la crise politique.

Les Haïtiens ont bien compris qu'ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes ou sur une aide étrangère. Alors ils guettent l'arrivée des avions et quand le micro de Boris Loumagne apparaît, ils se jettent dessus pour raconter leur dénuement. Le reporter devient le porte-parole de leur douleur, et la radio, ce média qu'ils affectionnent tant, l'endroit où se lance les SOS d'Haïtiens en détresse. 

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