Dans les coulisses d’une enquête en Ouganda et en Tanzanie

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Du pétrole en Ouganda, des puits de forage, un pipeline de 1400 mètres qui traverse la Tanzanie pour acheminer les hydrocarbures vers les pétroliers sous pavillon étranger, qui se presseront sur les nouvelles jetées d’amarrage à deux kilomètres de la côte : un gigantesque projet de TotalEnergies qui menace la biodiversité et déplace les populations.
Article rédigé par
Eric Valmir - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le chantier du futur site de stockage du pétrole, dans la région de Tanga. (Julie Pietri - Radio France)

Programmé dans le parc des Murchison Falls, en Ouganda – un site classé de l’Union internationale pour la conservation de la nature, peuplé de lions, d’éléphants, de girafes, de buffles, d’antilopes, 144 espèces de mammifères, plus de 500 espèces d’oiseaux, de reptiles et d’amphibiens – le projet de TotalEnergies s’est vu attribuer 10% des 3.840 km² qui composent ce parc, pour l’extraction pétrolière. C’est peu dire qu’un tel projet pétrolier, dans une zone aussi sensible, inquiète les ONG.

Les reporters Julie Petri de Radio France, et Charlotte Cosset de RFI, se sont rendues sur place, pour enquêter sur ce méga projet

Les véhicules préparent un des futurs sites d’extraction du pétrole dans le parc des Murchison Falls en Ouganda, le 18 juillet 2022. (Charlotte Cosset / RFI)


Surtout qu’une fois extrait, le pétrole sera traité en Ouganda, puis transporté dans ce qui sera le plus long pipeline chauffé au monde, en longeant le lac Victoria, connu pour la fragilité de son écosystème. Le risque de fuite alerte les 40 millions d’habitants recensés sur ces terres d’Afrique de l’Est. Et pour construire le pipeline, il faut déboiser, sur une largeur de 30 mètres, et une longueur d’un millier de kilomètres. L’itinéraire du chantier traversera des réserves forestières, des terres cultivées.

Mathieu Faget, le responsable du futur site de stockage du pétrole sur la côte tanzanienne. (Julie Pietri - Radio France)

Julie Pietri a rencontré les populations concernées. Les habitants ne sont pas forcément hostiles au projet, avec la cession des terres et des activités agricoles en échange d’une compensation financière, mais ils sont déçus par le montant du chèque. D’autant qu’une fois les arbres abattus et les terres retournées pour enfouir les tuyaux, les opportunités d’exploitation et d’entretiens ne sont plus les mêmes.

Et puis, dans les conversations rapportées par Julie Pietri et Charlotte Cosset, il y a la conscience d’une double peine. Perdre les terres, et être complice d’une déforestation qui aura des conséquences sur le dérèglement climatique. Ce changement que les locaux mesurent chaque année, avec les sécheresses à répétition, toujours plus arides, et les pluies plus rares, et qui n’arrivent jamais quand elles sont attendues.

Dans le village de Poutini, les habitants vivent avant tout de la pêche. Le projet de Total impactera directement leur environnement. (Julie Pietri – Radio France)

À tout cela, Total répond. La préoccupation du respect de l’environnement, participer aux politiques de réintroduction de biodiversité dans les zones perturbées par les travaux, la sécurité maximale des installations, et surtout n’être en rien responsable des sommes distribuées pour acquérir les parcelles. C’est le gouvernement tanzanien qui a fixé les barèmes.

Mais l’inquiétude ronge jusqu’au bord de l’océan Indien. Julie Pietri a rencontré un pêcheur qui ne voit pas d’un bon œil la jetée, plus exactement un pont qui va s’avancer deux kilomètres au large, pour permettre au pétrolier de s’amarrer et de récupérer l’or noir. Ces eaux, c’est toute une zone de pêche qui va connaître un bouleversement.

Rashidi, un pêcheur de Poutini, raconte son inquiétude concernant les conséquences du projet de Total sur son travail. (Julie Pietri – Radio France)

À leur retour de mission, ce qui frappe les reporters, c’est cette impression de David contre Goliath. D’un côté, un groupe financier puissant, de l’autre, des villageois dans les huttes qui marchent pieds nus, et vont récupérer quelques billets pour continuer à suffoquer sur des terres qui vont devenir du sable.

L’enquête de Julie Pietri et Charlotte Cosset dans son intégralité.

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