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Planète Sport. En Russie, la diplomatie du judo de Vladimir Poutine

Le président russe pratique le judo. Mais pour lui, ce n’est pas un simple loisir. Il utilise aussi ce sport à des fins politiques. 

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Vladimir Poutine apreès un entrainement avec l\'équipe nationale russe de judo, à Sochi, le 14 février 2019.
Vladimir Poutine apreès un entrainement avec l'équipe nationale russe de judo, à Sochi, le 14 février 2019. (MIKHAIL KLIMENTYEV / TASS)

Planète Sport, le rendez-vous de l’été qui explore les sujets à la lisière entre le sport et la politique, nous emmène aujourd'hui en Russie où le président Vladimir Poutine est un adepte, un pratiquant et un passionné de judo. Ce n’est pas seulement un sport pour le président russe qui utilise aussi la philosophie du judo contre ses "adversaires" politiques. Décryptage de cette diplomatie du judo à la sauce russe.

C’est une scène devenue habituelle : Vladimir Poutine sur les tatamis, cette fois dans le complexe de Sotchi, au bord de la Mer Noire. Nous sommes en février 2019 pour une démonstration devant les caméras comme en a l’habitude le président russe. Vladimir Poutine est ceinture noire dans ce sport qu’il pratique depuis l’âge de 11 ans.

Vladimir Poutine a commencé le judo dans sa ville de Saint-Pétersbourg, Leningrad à l’époque. Il a décroché plusieurs titres et il n’a jamais cessé de pratiquer ce sport, au point de le mettre en scène régulièrement à des fins politiques, comme l’ont fait tous ses prédécesseurs de l’ère soviétique.

"Dès le moment où il est arrivé à la présidence de la Russie en 2000, l’une de ses premières décisions a été de faire venir au Kremlin son ancien entraîneur de judo, explique Lukas Aubin, chercheur en géopolitique à l’université de Nanterre et spécialiste du sport en Russie. C’était pour le remercier d’être arrivé jusque-là. Il y a vraiment un lien de filiation entre son ancien entraîneur, lui-même et ses anciens camarades de judo qui sont aujourd’hui encore ses amis. La plupart sont devenus des oligarques connus en Russie."

Exploiter les faiblesses de l'adversaire

L’expression de judocratie a même été employée au début de son mandat. Poutine, par ailleurs président honoraire de la fédération internationale, a écrit un livre et publié un DVD sur l’apprentissage de cet art martial, qui cultive à ses yeux l’image de l’homme russe. "Il donne l’exemple à l’échelle de la nation russe de ce que devrait être l’homme russe, détaille Lukas Aubin. C’est surtout un homme russe sain qui ne boit pas d’alcool, qui ne fume pas, qui est droit dans ses baskets et qui sait se faire respecter. Du coup, il est devenu à la fois un modèle pour les hommes, mais aussi pour les femmes qui en font une sorte de modèle marital, un homme sur qui on peut compter."  

Un des axiomes du judo, c’est d’exploiter les faiblesses de son adversaire à son avantage. Principe que Vladimir Poutine exerce sans vergogne dans ses relations avec ses homologues étrangers. Michel Eltchaninoff a écrit, chez Actes Sud, Dans la tête de Vladimir Poutine. Il explique : "Dans sa pratique des relations avec les autres chefs d’Etat, Vladimir Poutine cherche à faire perdre son équilibre mental à son adversaire, à le déstabiliser, analyse-t-il. C’est quelqu’un qui va suivre les principes du judo en jouant sur les faiblesses, les divisions, les doutes de ses adversaires."

Par exemple, il rencontre Angela Merkel qui, comme Poutine l’a su, a très peur des chiens. Le président russe a alors fait promener son chien, juste avant la rencontre, devant la chancelière allemande pour la terroriser.

Michel Eltchaninoff

à franceinfo

Dans une scène restée célèbre, l’ancien président français Nicolas Sarkozy a lui aussi fait les frais d'une tentative de déstabilisation de la part de son homologue russe. Lors d'une conférence de presse, il était apparu dans un état pouvant laisser penser qu'il était ivre. Il était en fait sous le choc d'un tête-à-tête particulièrement tendu avec Vladimir Poutine.

Depuis quelques années, Vladimir Poutine investit aussi les patinoires en pratiquant le hockey sur glace, sport plus viril à ses yeux. "Le judo a accompagné l’ascension politique de Poutine. Aujourd’hui, il préfère se montrer davantage ours que chat, il préfère se montrer plus fort que souple", conclut Michel Eltchaninoff. 

Vladimir Poutine apreès un entrainement avec l\'équipe nationale russe de judo, à Sochi, le 14 février 2019.
Vladimir Poutine apreès un entrainement avec l'équipe nationale russe de judo, à Sochi, le 14 février 2019. (MIKHAIL KLIMENTYEV / TASS)