On s'y emploie, France info

On s'y emploie. Un million de travailleurs vivent en dessous du seuil de pauvreté en France

Emmanuel Macron a présenté jeudi 13 septembre son plan pauvreté, avec notamment des mesures pour mieux identifier les personnes qui ont droit au RSA. Les travailleurs pauvres en France, c'est une réalité d'un million de personnes.

Rassemblement organisé par l\'association ATD Quart Monde à l\'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère et de la pauvreté, le 17 octobre 2012 sur la place du Trocadéro à Paris.
Rassemblement organisé par l'association ATD Quart Monde à l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère et de la pauvreté, le 17 octobre 2012 sur la place du Trocadéro à Paris. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Le président Macron a présenté cette semaine son plan pauvreté, avec une série de mesures pour mieux prendre en compte les personnnes qui pourraient bénéficier du RSA. Mais même quand on travaille, on n'est pas à l'abri de la pauvreté. Dans notre pays, un million de salariés vivent sous le seuil de pauvreté.

Didier Goubert, ancien cadre, dirige l’entreprise solidaire Travailler et Apprendre Ensemble d’ATD Quart Monde où il suit les questions d'emploi, de pauvreté au travail. DIdier Goubert est l'invité de Philippe Duport. Son analyse, liée à son expérience concrète sur le terrain, est inquiétante.

Un million de personnes ont un emploi mais vivent sous le seuil de pauvreté. Comment évoluent ces chiffres ces dernières années ?

Didier Goubert : Dans le mauvais sens parce que le nombre d'emplois peu qualifiés ne cesse de diminuer et les gens qui sortent de l'école sans formation se retrouvent dans des situations très difficiles. Il y a moins d'emploi peu qualifiés et donc plus de gens au chômage.

L'OCDE a publié cette année des chiffres qui disent qu'il y a plus de travailleurs pauvres en France qu'en Allemagne, qu'en pensez-vous ?

Didier Goubert : Il y a moins de chômage en Allemagne parce qu'il y a plus de temps partiel, le résultat c'est qu'il y a plus de travailleurs pauvres mais les familles sont dans une situation plutôt plus favorable.

Ce qui nous paraît choquant c'est que la société pousse ces gens-là vers la misère, parce qu'il y a beaucoup de façons d'abuser de leur situation

Didier Goubert

C'est par exemple une salariée que son bailleur social veut voir partir pour des raisons de voisinage. Les enfants sont partis, son APL a baissé, son loyer est de 800 euros par mois, son salaire de 1200 euros et le bailleur refuse de lui donner un appartement plus petit. C'est un autre qui a eu des problèmes bancaires, avec un salaire de 800 euros par mois, la banque lui a enlevé entre 40 et 50 euros par mois de frais de gestion.

Ces travailleurs pauvres ne touchent même pas le SMIC

Didier Goubert : Si vous ne travaillez pas à temps plein vous êtes en dessous du SMIC. Les travailleurs pauvres travaillent souvent en temps partiel, avec des horaires tellement déments qu'ils ne peuvent pas faire plus. Quand vous travaillez deux heures le matin de cinq heures à sept heures pour faire du ménage et à nouveau deux heures le soir, vous n'avez pas le temps ni la possibilité physique de faire plus.

Plus de femmes, d'immigrés, d'illettrés ?

Didier Goubert : Oui, mais aussi de plus en plus de jeunes.

On bascule dans la pauvreté à cause de bas salaires et de temps partiels, à cause de problèmes familiaux ?

Didier Goubert : il y a un cercle vicieux, on est en train de fabriquer en France des situations qu'on ne connaissait presque plus.

Les travailleurs pauvres ne sont pas des gens nés dans le quart monde mais des gens qui y tombent

Rassemblement organisé par l\'association ATD Quart Monde à l\'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère et de la pauvreté, le 17 octobre 2012 sur la place du Trocadéro à Paris.
Rassemblement organisé par l'association ATD Quart Monde à l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère et de la pauvreté, le 17 octobre 2012 sur la place du Trocadéro à Paris. (JACQUES DEMARTHON / AFP)