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On s'y emploie. Lanceurs d'alerte : comment sortir du silence au travail

Edward Snowden, Antoine Deltour : des lanceurs d’alerte qui ont dénoncé les agissements de leurs employeurs. Au péril de leur carrière professionnelle.

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Edward Snowden lors d\'un conférence le 14 septembre 2016.
Edward Snowden lors d'un conférence le 14 septembre 2016. (BRENDAN MCDERMID / REUTERS)

Pour mieux protéger les lanceurs d'alerte, la Commission européenne vient de présenter un projet de directive. Concrètement, comment sont-ils protégés ?

Jean-Paul Bouchet a été secrétaire général de la CFDT cadres. Il cosigne un livre qui vient tout juste de sortir : Osez l'alerte, sortir du silence au travail, aux éditions de l'Atelier.

Est-ce qu'aujourd'hui en France il est risqué de dénoncer une pratique que l'on estime dangereuse, ou contraire à l'éthique, dans son entreprise ?

Jean-Paul Bouchet : La réponse est oui. Avant d'écrire ce livre on avait déjà recueilli de nombreux témoignages de gens qui s'étaient posé la question : est-ce que je parle ou pas. Là on a réuni une cinquantaine de témoignages et neuf fois sur dix c'est une situation à risque. Au départ il y a une bienveillance vis-à-vis de ces personnes-là, puis il y a un silence complice autour d'eux puis une situation d'isolement. Ca nous a beaucoup frappé dans les témoignages que nous avons recueillis. Il y a un isolement, un déficit d'appui, y compris de la part de la hiérarchie, un déficit de connaissance de la réglementation. Il y a aussi une pression très forte pour qu'elles démissionnent.

 Il y a des carrières brisées

Jean-Paul Bouchet : oui, soit c'est la mise au placard, soit c'est la démission, sans indemnisation du chômage. On attendait dans les mesures sur l'indemnisation du chômage quelque chose sur la démission légitime. Dans certaines circonstances on doit pouvoir alerter sans subir cette double peine, parce que l'entourage professionnel se met souvent du côté du plus fort et puis aussi sur le plan familial, parce que c'est très lourd à porter.

La loi Sapin 2 protège-t-elle assez les lanceurs d'alerte ?

Jean-Paul Bouchet : On la trouve insuffisante mais elle a le mérite d'exister. Elle permet à la France de combler son retard par rapport à d'autres pays européens. La loi est fragile. La transposition de la directive européenne sur le secret des affaires vient percuter la loi française.

Une directive européenne est en préparation, elle devrait être plus protectrice que la loi française ?

Jean-Paul Bouchet : Elle devrait surtout ne pas remettre en cause la loi française, parce qu'avec une définition du secret des affaires qui est très floue et très vaste, les employeurs pourront toujours s'appuyer sur le secret. D'ailleurs on ne parle pas de secret d'ingénierie ou d'innovation ou de brevet. Là on est dans le secret des affaires. Ca veut dire que les affaires, c'est aussi les affaires de corruption. Il y a un déséquilibre total entre la protection de l'entreprise et la liberté d'expression des salariés.

Edward Snowden lors d\'un conférence le 14 septembre 2016.
Edward Snowden lors d'un conférence le 14 septembre 2016. (BRENDAN MCDERMID / REUTERS)