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On s'y emploie. Comment remettre au travail les salariés marginalisés

Gros plan sur les salariés marginalisés, inadaptés, dépassés par les nouvelles technologies. Comment ne pas les laisser au bord de la route. La SNCF y travaille.

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TGV en maintenance au Technicentre Est Européen, à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 11 octobre 2013.
TGV en maintenance au Technicentre Est Européen, à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 11 octobre 2013. (ERIC PIERMONT / AFP)

Comment remettre au travail des salariés fatigués, marginalisés, et les relancer, les aider à rebondir. La SNCF a testé une méthode qui marche.
Christian Ferrari est président du cabinet Homega, filiale du groupe Menway. Il a accompagné la SNCF dans ce dispositif Alpha destiné aux salariés laissés sur le bord de la route.

Qui sont-ils, à la SNCF et dans les autres entreprises ceux que vous suivez ? Et pourquoi sont-ils marginalisés ?

Christian Ferrari : "Il s'agit de salariés qui ne peuvent plus occuper les postes auxquels ils ont été embauchés, soit à cause de l'âge, l'allongement de la vie au travail, parfois des métiers à forte pénibilité, parfois des problèmes de vie personnelle, de difficultés à suivre l'évolution des organisations qui évoluent très vite, la pression des organisations qui est de plus en plus forte, à la recherche d'amélioration des performances, et des gens qui, soit pour l'une de ces raisons soit parce qu'elles les cumulent, ne sont plus en mesure d'occuper les postes".

Vous les estimez à quel pourcentage de la population active ?

Christian Ferrari : "On évalue à 7% en moyenne les salariés en difficulté, ce qui ne veut pas dire que 7% ne peuvent pas rebondir. Néanmoins, une partie de ces 7% sont dans des situations très difficiles."

La SNCF a mis en place un dispositif qui s'appelle Alpha. De quoi s'agit-il ?

Christian Ferrari : "La SNCF a partout sur le territoire des espaces "initiative mobilité" qui permettent d'accompagner les gens qui sont en transition professionnelle. Parce que comme toute entreprise, la SNCF bouge, il y a des restructurations, les agents sont aidés à rebondir. Néanmoins certains d'entre eux sont plus difficilement accompagnables que d'autres. Pour ceux-là, une réponse particulière était nécessaire". 

Est-ce qu'il n'est pas plus "simple" pour la SNCF ou pour d'autres entreprises, de licencier ces personnes ?

Christian Ferrari : "Le licenciement est toujours possible, à condition que les gens soient déclarés totalement inaptes. Ce qui est rare. Par ailleurs, l'employeur a une obligation de reclassement. Dans une maison comme la SNCF qui compte 150.000 salariés et 150 métiers il y a toujours des possibilités de reclassement. Donc l'idée était de dire : quelle solution complémentaire aux dispositifs existants peut-on mettre en place pour aider ces gens à rebondir sur un autre job dans l'entreprise ?"

Et là, on leur fait faire des tâches d'appui aux managers...

Christian Ferrari : "Plus la personne est en rupture par rapport à l'emploi, plus il est difficile de la remettre en emploi. Donc l'idée c'est de proposer à ces gens des activités alternatives, qui les remettent en contact avec l'emploi, des activités dignes, utiles à l'entreprise et utiles au rebond. Donc ce ne sont pas des activités occupationnelles, ce sont de vraies activités, qui existent dans l'entreprise, qui sont en général assumées par des salariés de l'entreprise mais qui ne font pas partie du coeur de métier de ces salariés-là. Donc nous prenons en charge ces activités, nous les professionnalisons, en faisant en sorte que ces salariés fragiles  les organisent, les développent et les réalisent". 

C'est applicable ailleurs ?

Christian Ferrari : "Oui tout à fait, on l'a fait dans l'industrie lourde ; il y a plein d'activités qui existent aujourd'hui qui sont un peu orphelines, parce qu'en marge des métiers de l'entreprise, mais qui sont nécessaires à l'entreprise".

C'est moins coûteux ou plus coûteux pour l'entreprise ?

Christian Ferrari : "Au final c'est moins coûteux. La situation est simple : j'ai des personnes qui ne sont plus aptes à l'emploi pour lequel elles ont été recrutées. Soit je les paye sans contrepartie et la charge pèse directement sur les comptes de l'entreprise. Soit je leur propose des activités alternatives qui contribuent à l'économie de l'entreprise, y compris socialement au bien-être au travail, à la qualité de vie au travail, autant de thématiques qui sont au centre des entreprises qui ont un engagement socialement responsable".

TGV en maintenance au Technicentre Est Européen, à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 11 octobre 2013.
TGV en maintenance au Technicentre Est Européen, à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 11 octobre 2013. (ERIC PIERMONT / AFP)